Samedi 17 août
2002
2002. Un chiffre, une date, un symbole. 2002
jours qu’une femme est quelque part dans la jungle colombienne. 2002 jours que sa vie ne tient plus à qu’un fil. 2002 jours que sa famille mais pas seulement attendent son retour. 2002 jours que
ses enfants se demandent si elle reviendra.
Depuis le 23 février 2002, Ingrid Bétancourt est l’otage – parmi tant d’autres – des Forces Révolutionnaires de l’Armée Colombienne (FARC). Depuis 2002, un conflit entre des révolutionnaires marxistes et un gouvernement ultra conservateur qui se trouve dans l’impasse la plus totale. Depuis 2002, le manque de volonté entre les deux camps. Depuis 2002, un bras de fer incessant.
Comme je l’avais écrit précédemment [cf. article], Ingrid Bétancourt se retrouve au cœur d’un conflit dans lequel, elle n’y est pour rien bien entendu. En 2002, Ingrid Bétancourt voulait seulement faire entendre sa voix démocratiquement à l’occasion des élections présidentielles colombiennes. Mais depuis 2002, Ingrid n’a pratiquement rien dit. Pour être plus exact, on ne l’entend plus en raison de toute l’intransigeance des FARC mais aussi de la politique du président Alvaro Uribe, politique jusqu’au boutiste et absurde.
Depuis les débuts, la France joue un rôle de premier plan dans la gestion de cette crise. En effet, il ne faudrait pas oublier qu’Ingrid Bétancourt est également citoyenne française et que son sort nous concerne en premier ordre. A ce titre, la diplomatie s’est attachée – à mon sens – à agir avec la plus grande discrétion possible, tout en se rappelant que chaque jour supplémentaire que passe l’ancienne candidate à la présidentielle de 2002 augmente davantage les risques pour sa vie. Toutefois, il ne faudrait également pas oublier que les acteurs de la situation sont des durs à cuire et qui n’hésiteront pas à aller jusqu’au bout par idéologie et en raison de celle-ci.
Le 6 mai dernier, au soir de sa victoire à la présidentielle, Nicolas Sarkozy avait déclaré que la France n’oubliera jamais Ingrid Bétancourt. Dès lors, tout s’est accéléré : le président de la République a reçu la famille d’Ingrid qui a aussitôt placé ses espoirs dans la nouvelle équipe gouvernementale.
Mais depuis… rien !
Rien ! Pas un mot ! L’activisme constaté de Nicolas Sarkozy se serait-il transformé en pétard mouillé ? Alors certains d’entre vous diront que je polémique mais tout de même ! Sans doute que Nicolas Sarkozy s’est-il rendu compte que les FARC, ce n’est pas comme avec le colonel Kadhafi et les infirmières bulgares. Qu’envoyer Cécilia ne serait pas LA solution permettant la libération d’Ingrid Bétancourt.
A ce titre, je considère que la diplomatie française ne se montre pas assez ferme avec les FARC mais aussi avec le président Uribe. En effet, entre les deux principaux protagonistes de la situation, se trouve une victime Ingrid, coincée dans une guerre des nerfs et une guerre idéologique que se livrent ces derniers. L’idéologie vaut-elle plus que la vie d’une femme ? L’idéologie justifie-t-elle qu’Ingrid Bétancourt « bénéficie » d’un traitement différent de celui des infirmières bulgares ? Ou est-ce tout simplement la diplomatie de Sarkozy qui doit être étudiée sous différents angles ?
Toujours est-il que durant ce temps-là, une
femme est en train de croupir dans une véritable geôle à ciel ouvert et elle attend. Elle attend qu’une véritable volonté politique prenne le pas sur une diplomatie convenue et
compassionnelle. Que la communauté internationale se saisisse enfin de cette affaire et fasse pression sur le président Uribe afin qu’il fléchisse sa politique de fermeté qui ne mène pour
l’instant au raidissement des deux camps. Que la France se contente de mener à bien son rôle de médiateur au lieu que son président nous sorte des envolées lyriques et joue les Mac Gayver par
déclarations de presse interposées et arrières pensées politiciennes. En gros, elle attend que quelqu’un sorte de cet enfer. 2002 jours, c’est long ! Extrêmement long ! Sans compter que
si il y a une sorte aussi redoutable que la mort, c’est bien l’oubli. Aussi, faisons en sorte qu’Ingrid Bétancourt –notre compatriote – bénéficie du même activisme présidentiel qui a conduit à la
libération des infirmières bulgares (dans les conditions que l’on sait ne l’oublions pas !), la vie d’une femme en dépend !







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