Une de Marianne, 10 novembre 2007. 17 mai – 17 novembre. J'ai voulu scrupuleusement attendre six
mois pour faire un premier point de la présence de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République.
A ce titre, on ne peut pas tellement dresser de bilan de la présidence Sarkozy. Le bilan, il aura lieu fin 2011 à quelques semaines de la
présidentielle d'avril 2012. Non, à ce stade, parlons plutôt de constat et autant vous le dire tout de suite, la liste n'est pas exhaustive.
LE PRESIDENT DE LA COMMUNICATION
Il n'y a pas un jour sans que le président de la République ne se montre pas que cela soit au Tchad, au bien encore en vacances aux Etats-Unis, à la
Concorde le 14 juillet en passant par son divorce. Si cette façon de se montrer avait pu au départ séduire bon nombre de nos compatriotes, il n'en demeure pas moins que cette façon d'agir lasse
de plus en plus les gens et ce, au sein même de la majorité. L'hyper-président hyperactif, c'est séduisant et cela va bien cinq minutes surtout lorsqu'il s'agit de créer l'exploit d'effacer son
Premier ministre et ses ministres par la même occasion.
Six mois après, cette hyper présence de Nicolas Sarkozy devient de moins en moins agréable et à mon sens, la communication semble prendre le pas sur
l'action véritable. Aussi, à chaque fait divers, une réaction à chaud de la part du chef de l'Etat et une avalanche de promesses. Dès lors, Nicolas Sarkozy tente de reproduire sur le plan
national, ce qu'il a fait place Beauvau. Toutefois, communiquer et promettre à tout va, c'est bien, agir c'est mieux et c'est ce que réclame les Français. Six mois après, nombreux sont ceux qui
commencent à déchanter (et notamment au sein même de l'UMP)
REFORMES : UNE QUESTION DE METHODE
Rachida Dati, Garde des Sceaux, ministre de la Justice (www.liberation.fr) Mais où est passée la rupture si chère à Nicolas Sarkozy ? Durant la période 2002 – 2007, celui qui allait devenir le VI°
chef de l'Etat de la V° République s'était juré de tout bouleverser tout remettre en cause, tout apparaître.
Si la réforme est nécessaire pour notre pays, il n'en demeure pas moins que l'actuel gouvernement s'adonne à la provocation et joue la carte de
l'affrontement pour faire passer ses mesures. Preuve en est, la loi sur l'autonomie des universités, votée en catimini et surtout négociée à la sauvette entre Valérie Pécresse (avec le concours,
il faut le rappeler de Nicolas Sarkozy !) et les principaux syndicats étudiants. Une loi plus ou moins floue, plus ou moins incompréhensible et enfin plus ou moins expliquée aux intéressés : par
conséquent, un mouvement national étudiant sans dessus dessous et sans revendications claires !
Il est de même pour la réforme de la carte judiciaire : présentée comme un symbole de la présidence Sarkozy, Rachida Dati se montre en réalité
provocante et cassante envers ses interlocuteurs. Résultat des courses : une crispation chez les personnels de justice et chez certains députés UMP.
Nicolas Sarkozy doit confondre changement et chambardement et ses provocations plus ou moins assumées ne font que multiplier les crispations et les rancoeurs entre Français. Si le chef de l'Etat
veut la jouer comme à la Margaret Thatcher, libre à lui mais à ce petit jeu là, il risque bien de diviser davantage notre pays !
EUROPE ET INTERNATIONAL : LA RUPTURE EST CONSOMMEE (?)
Angela Merkel chancelière de la République fédérale d'Allemagne et Nicolas Sarkozy (www.nouvelobs.com) Nicolas Sarkozy nous avait promis du changement à propos de la politique
internationale de notre pays et ce petit jeu, on est plutôt servi. Toutefois, il n'en demeure pas moins qu'il est une nouvelle fois confronté à la réalité des enjeux internationaux et qu'à ce jeu
là, le chef de l'Etat a appris à manger son chapeau. Preuve en est, la question turque que Nicolas Sarkozy s'était juré de régler dès son arrivée à l'Elysée. Six mois après, le président a du
apprendre à manger son chapeau tant que la Turquie s'avère un partenaire de premier ordre notamment sur le plan économique mais surtout stratégique notamment dans la lutte contre le terrorisme.
Un affrontement direct avec Ankara sur l'adhésion de la Turquie à propos de l'UE serait un coup supplémentaire infligé à la construction européenne, une construction où la France – malgré les
propos de Nicolas Sarkozy clamant que notre pays est de retour – reste encore et toujours en retrait. De fait, tout se jouera lors de la présidence française à la tête de l'UE en juillet 2008 et
de la capacité de Paris de remettre sur pied ce projet d'Europe politique et fédérale. Mais le rapprochement de plus en plus prononcé de la France avec les Etats-Unis me font penser que l'Europe
n'est pas vraiment une priorité pour l'actuel chef de l'Etat.
LE POUVOIR D'ACHAT ET L'IMPUISSANCE DES ACTES
Nicolas Sarkozy l'avait également promis : il se voulait le champion du pouvoir d'achat et d'une croissance qui repartirait de plus belle. Or, reste à constater que les mesures prises par
Christine Lagarde, ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi font du mal à notre économie : en effet, comment penser que le bouclier fiscal accordé à la partie la plus privilégiée de
notre pays permettra à notre économie de repartir de plus belle ? Tout comme la défiscalisation des heures suppémentaires (le fameux « Gagner plus en travaillant plus ! ») d'ailleurs ?
Six mois après, les Français semblent de plus en plus déchanter par rapport à la politique économique de Nicolas Sarkozy
LE DEBOITEMENT DES INSTITUTIONS
Un président qui oublie qu'il a un Premier ministre, qui reçoit ses interlocuteurs à toutes les négociations possibles et imaginables, un président
qui se veut présent partout, une commission Balladur qui s'apprête à présidentialiser notre république... Nicolas Sarkozy aura réussi à détourner le sens et l'esprit même de nos institutions mais
à démontrer également que ce même esprit doit être conservé mais si une actualisation de notre V° République et plus que nécessaire !
ET PENDANT CE TEMPS-LA, QUE FAIT L'OPPOSITION ?
Si on a un hyper-président qui commence à lasser, je ne peux que regretter une opposition qui reste en retrait. Bien évidemment, il ne s'agit pas de
s'opposer pour le plaisir de le faire – autrement dit, il faut également proposer. Toutefois, on semble s'intéresser plus aux questions de personne qu'aux efforts réalisés par la gauche et le PS
en particulier.
Rachida Dati et "Monsieur Besson", secrétaire d'Etat et un des symboles de l'ouverture à gauche et au centre du gouvernement
Fillon. Nicolas Sarkozy avait bien tenté d'annihiler la gauche et le Modem de François Bayrou en réalisant l'ouverture à outrance et en promouvant les renégats comme
« Monsieur Besson » ou bien encore Bernard Kouchner et Hervé Morin. A ce titre, le président de la République avait promis que ses ministres d'ouverture auraient leur place et leur
liberté de penser. Toutefois, cela reste bien incompatible avec l'idée de solidarité gouvernementale que doit afficher tout ministre au sein d'une équipe. Preuve en fait, les critiques que Fadela
Amara a du essuyer de la part de l'UMP en qualifiant de « dégueulasse », l'instrumentalisation du débat sur l'immigration et les tests ADN. Le franc parler de la secrétaire d'Etat
chargée de la Politique de la ville n'a pas empêché que l'amendement Mariani (du nom du député UMP du Vaucluse) soit ajouté au projet de loi Hortefeux et finalement approuvé par le
Parlement.
Ce constat n'est pas exhaustif et nombreux sont les domaines que je n'ai pas évoqué notamment les banlieues. Malgré tout, cela me permet de dresser un premier constat de la présidence Sarkozy :
une présidence qui ne jure que par la communication mais qui prend le risque de nous faire perdre cinq années supplémentaires à la France : et perdre son temps, la France et les Français n'en ont
décidément pas besoin !
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