Alors que la ratification du traité de Lisbonne se poursuit – aux dernières nouvelles, la
Belgique et l’Espagne ont ratifié le texte via leurs parlements respectifs –, Nicolas Sarkozy, notre cher président de la République mais aussi du Conseil de l’Union Européenne a eu une dernière
trouvaille pour faire approuver un texte que les Irlandais ont rejeté : selon lui, il faut tout simplement que l’Irlande revote et, si possible, approuve le traité de
Lisbonne !
Il faut dire que cela n’est pas nouveau en soi puisqu’en 2002, les Irlandais avaient approuvé le Traité de Nice après l’avoir rejeté en 2001. De même, les Danois avaient fini par voter en faveur
du Traité de Maastricht en 1993 après avoir dit « Non », un an auparavant (tout en obtenant des dérogations notamment à propos de l’Union Economique et monétaire). Dans les deux cas, le
changement d’avis des électeurs s’est fait au terme d’une longue campagne de pédagogie et d’explication de texte la part de la classe politique.
Mais ce qui prévalait en 1992, ne vaut plus forcément aujourd’hui et il n’est pas sûr que les Irlandais reprennent le chemin des urnes. Pire, si on organise un nouveau référendum, les mêmes
choses risquent de produire les mêmes effets, autrement dit, les Irlandais pourraient confirmer leur non et là, on sera bien embêtés (pour ne pas dire autre chose et rester
poli !)
Irlandaise fêtant la victoire du "non", le 12 juin dernier (www.liberation.fr) La proposition de Nicolas Sarkozy montre une fois de plus que la classe politique européenne n’a
toujours pas tiré les enseignements du vote négatif de l’Irlande mais aussi des Pays-Bas et de la France à propos du Traité établissant une Constitution pour l’Europe en 2005. D’ailleurs,
avait-on fait de nouveau voter les électeurs gaulois et bataves ? La réponse est bien évidemment non ! Aussi, la remarque des Irlandais semblent logique d’autant plus qu’ils cultivent
le sentiment que leur pays n’est pas considéré comme un Etat membre respecté par rapport à la France.
Ainsi, il va sans dire que les déclarations du président du Conseil de l’Union n’ont pas eu l’effet escompté. Bien au contraire puisqu’en effet, l’opinion publique irlandaise a très mal
accueilli les propos du chef de l’Etat français sans compter que de telles paroles peuvent être assimilées à une tentative d’ingérence dans la politique irlandaise.
Oui , la proposition de Sarkozy est quelque peu maladroite et contre-productive car au moment où l’Irlande émet des doutes sur la construction européenne, la stigmatiser de la sorte est loin
d’être la solution. Pire, on risque de les braquer davantage, ce que souligne très justement Rossa Fanning, professeur à l’University College de Dublin dans un entretien accordé à
Libération ce jeudi : « Il est commode pour
Nicolas Sarkozy d’évoquer un second referendum mais cela montre que, comme la plupart des autres leaders européens, il n’a pas compris les raisons profondes du non des électeurs irlandais, ni les
inquiétudes que ce choix exprimait. Leur tordre le bras pour tenter de les faire revenir sur leur décision est contre-productif car, dans leur écrasante majorité, ceux qui ont voté non ne
regrettent pas d’avoir rejeté le traité. »
Une fois de plus, nos chers dirigeants ne semblent pas comprendre une chose essentielle : l’Europe ne peut plus se faire sans les citoyens et si on retient pas cette maxime, ces derniers exprimeront toujours autant de défiance vis-à-vis de la construction européenne.
C’est en me rendant dimanche à Bruxelles (Belgique), que j’ai appris la mort d’un grand
européen, Bronislaw Geremek, mort à 76 ans dans un accident de voiture alors qu’il se rendait dans la capitale belge.
François Hollande, José Manuel Barroso, Nicolas Sarkozy et Laurent Fabius : les assassins de l'Europe selon "Marianne" du 21 juin.

Commentaires