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Jeudi 17 juillet 2008

Alors que la ratification du traité de Lisbonne se poursuit – aux dernières nouvelles, la Belgique et l’Espagne ont ratifié le texte via leurs parlements respectifs –, Nicolas Sarkozy, notre cher président de la République mais aussi du Conseil de l’Union Européenne a eu une dernière trouvaille pour faire approuver un texte que les Irlandais ont rejeté : selon lui, il faut tout simplement que l’Irlande revote et, si possible, approuve le traité de Lisbonne !


Il faut dire que cela n’est pas nouveau en soi puisqu’en 2002, les Irlandais avaient approuvé le Traité de Nice après l’avoir rejeté en 2001. De même, les Danois avaient fini par voter en faveur du Traité de Maastricht en 1993 après avoir dit « Non », un an auparavant (tout en obtenant des dérogations notamment à propos de l’Union Economique et monétaire). Dans les deux cas, le changement d’avis des électeurs s’est fait au terme d’une longue campagne de pédagogie et d’explication de texte la part de la classe politique.


Mais ce qui prévalait en 1992, ne vaut plus forcément aujourd’hui et il n’est pas sûr que les Irlandais reprennent le chemin des urnes. Pire, si on organise un nouveau référendum, les mêmes choses risquent de produire les mêmes effets, autrement dit, les Irlandais pourraient confirmer leur non et là, on sera bien embêtés (pour ne pas dire autre chose et rester poli !)


Irlandaise fêtant la victoire du "non", le 12 juin dernier (www.liberation.fr) La proposition de Nicolas Sarkozy montre une fois de plus que la classe politique européenne n’a toujours pas tiré les enseignements du vote négatif de l’Irlande mais aussi des Pays-Bas et de la France à propos du Traité établissant une Constitution pour l’Europe en 2005. D’ailleurs, avait-on fait de nouveau voter les électeurs gaulois et bataves ? La réponse est bien évidemment non ! Aussi, la remarque des Irlandais semblent logique d’autant plus qu’ils cultivent le sentiment que leur pays n’est pas considéré comme un Etat membre respecté par rapport à la France.


Ainsi, il va sans dire que les déclarations du président du Conseil de l’Union n’ont pas eu l’effet escompté. Bien au contraire puisqu’en effet, l’opinion publique irlandaise a très mal accueilli les propos du chef de l’Etat français sans compter que de telles paroles peuvent être assimilées à une tentative d’ingérence dans la politique irlandaise.


Oui , la proposition de Sarkozy est quelque peu maladroite et contre-productive car au moment où l’Irlande émet des doutes sur la construction européenne, la stigmatiser de la sorte est loin d’être la solution. Pire, on risque de les braquer davantage, ce que souligne très justement Rossa Fanning, professeur à l’University College de Dublin dans un entretien accordé à Libération ce jeudi : « 
Il est commode pour Nicolas Sarkozy d’évoquer un second referendum mais cela montre que, comme la plupart des autres leaders européens, il n’a pas compris les raisons profondes du non des électeurs irlandais, ni les inquiétudes que ce choix exprimait. Leur tordre le bras pour tenter de les faire revenir sur leur décision est contre-productif car, dans leur écrasante majorité, ceux qui ont voté non ne regrettent pas d’avoir rejeté le traité. »


Une fois de plus, nos chers dirigeants ne semblent pas comprendre une chose essentielle : l’Europe ne peut plus se faire sans les citoyens et si on retient pas cette maxime, ces derniers exprimeront toujours autant de défiance vis-à-vis de la construction européenne.
par Gilles publié dans : Je vous parle d'Europe
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Mercredi 16 juillet 2008

C’est en me rendant dimanche à Bruxelles (Belgique), que j’ai appris la mort d’un grand européen, Bronislaw Geremek, mort à 76 ans dans un accident de voiture alors qu’il se rendait dans la capitale belge.

Né en 1932 en Pologne dans une famille juive, il échappe du Ghetto de Varsovie – dans lequel mourra son père – pour être recueilli paru une famille d’agriculteurs qui le cache durant la Seconde Guerre mondiale. Par la suite, il entreprend des études d’Histoire à l’Académie polonaise des Sciences où il en sort diplômé en 1960.

Jeune historien médiéviste, il est membre dès 1950 du Parti communiste polonais qu’il quitte en 1968 pour protester contre l’intervention militaire du Pacte de Varsovie en réaction au Printemps de Prague. Par la suite, il sera un des principaux leaders, en compagnie de Lech Walesa, du mouvement syndical Solidarnosc (Solidarité) qui défiera la dictature communiste du général Jaruzelski dans les années 1980 et préparera l’arrivée au pouvoir du premier en 1990.

Ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2000, il devient député européen en 2004 et a siégé sur jusqu’à sa mort au sein de l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ADLE) au Parlement européen.

Les européistes et fédéralistes perdent ce soir, un grand défenseur de la construction européenne : homme féru d’Histoire et véritable puits de savoir, Bronislaw Geremek avait toujours défendu une Europe à vocation fédérale aussi sur la scène européenne (grâce notamment à ses interventions au Collège d’Europe) mais aussi au sein de son propre pays en particulier face aux leaders du PiS (Droit et Justice), les eurosceptiques frères Kaczynski.

En ces temps où l’Europe et les Européens s’interrogent du bien-fondé de l’UE, je ne peux qu’exprimer ma tristesse quant à la perte d’un grand européen. Espérons que du ciel, il saura rallumer les étoiles de la construction européenne, les étoiles de l’espoir et de la foi des peuples.

(Crédit photo : blog de Jean Quatremer)

par Gilles publié dans : Je vous parle d'Europe
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Mardi 15 juillet 2008

Avis aux lecteurs :

Je comptais, démarrer une nouvelle rubrique qui devait vous parler de la Belgique et de mon premier contact avec Bruxelles, dans le cadre de ma future année à l’étranger. Mais l’actualité étant ce qu’elle est, je remets cette rubrique à plus tard pour évoquer la démission du Premier ministre Yves Leterme, prélude à une nouvelle crise belge.

Bonne lecture !

Gilles

Yves Leterme, Premier ministre belge. C’est cette nuit que le Premier ministre chrétien-démocrate Yves Leterme a présenté sa démission au Roi des Belges, Albert II qui s’est réservé le droit d’accepter ou non la demande du chef du gouvernement flamand. En effet, le chef de l’Etat ne désespère pas de convaincre le chef de file du CDV (les chrétiens-démocrates néerlandophones) de rester à la tête d’un pays où le moindre problème peut provoquer des étincelles et provoquer des tensions entre deux communautés (les Flamands et les Wallons) à fleur de peau.

Après seulement quatre mois de Gouvernement Leterme, la Belgique risque à nouveau de replonger dans la crise. A titre personnel, je dois vous avouer que la démission de Leterme ne me surprend qu’à moitié en raison notamment de son impopularité record en particulier du côté des Wallons. Surnommé « Gaston Lagaffe » ou bien encore « Leterne », en raison de ses bourdes monumentales (dont celle la plus connue reste celle du 14 juillet 2007 lorsqu’il chante les paroles de la Marseillaise au lieu et place de la Brabançonne, l’hymne national belge), et sans compter son manque de charisme évident, Yves Leterme n’aura pas longtemps survécu à la crise politique de son propre pays, lui qui souhaitait que les négociations entre flamands et wallons aboutissent à propos de la réforme institutionnelle du plat pays.

Car c’est tout le nœud du problème ! Là, où les Flamands revendiquent un accroissement de leur autonomie, les Wallons réclament de leur côté un élargissement de la région de Bruxelles-Capitale, région située en terre flamande, ce qui est insupportable et inacceptable pour les premiers. Dès lors, les problèmes restent les mêmes et les solutions impossibles à trouver pour l’heure.

Et cette situation a de quoi décourager les Belges qui se désespèrent de jour en jour des turpitudes de leurs responsables politiques flamands et wallons et mes discussions avec différents Bruxellois lors de mon passage dans la capitale, (dimanche après-midi et hier), me confortent dans mes pensées. Je pense notamment à Sébastien – le compagnon de mon amie française – qui est loin d’être tendre avec la classe politique de son pays mais aussi à un couple de badauds qui ne cachait pas son pessimisme.

Malgré tout et chose étonnante, les personnes citées sont les mêmes qui veulent relativiser en affirmant leur attachement à l’unité du plat pays, tout d’abord en m’expliquant qu’une large majorité des flamands souhaitent le maintien de la Belgique. Qui plus est, selon eux, les flamands bruxellois se considèrent Bruxellois avant d’être Flamands. De plus, on ressent chez eux, une fort esprit patriotique comme en témoigne les nombreux drapeaux tricolores noir, or et rouge que j’ai vu accrochés sur les fenêtres à Bruxelles et notamment chez Sébastien.

Il ne suffit d’un rien pour que le plat pays retombe dans une crise insoluble et à l’heure actuelle, il y a peu de solutions de rechange. Toutefois, et selon les quotidiens néerlandophones Het Laatste Nieuws et Standaard, l’hypothèse, la plus probable serait que l’actuel vice-premier ministre, ministre des Finances et leader du Mouvement Réformateur (le pendant francophone du CDV en Wallonie), Didier Reynders, prenne la tête du gouvernement, ce qui serait une première puisque depuis 1978, aucun leader wallon n’a occupé le poste de Premier ministre.

PS : en guise de conclusion, je mets en lien un extrait du Journal télévisé de France 3 du 22 juillet 2007, avec la célèbre bourde de Leterme. Bonne lecture

 

par Gilles publié dans : Je vous parle d'Europe
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Lundi 14 juillet 2008

En ce jour de fête nationale, j’ai décidé de devenir un traître à ma patrie en étant en Belgique. Mais qu’à cela ne tienne, c’est pour la (très) bonne cause : je dois trouver un appartement à Bruxelles dans le cadre de mon année ERAMUS et stage. Et je profite de mon premier lever de soleil dans les combles bruxelloises (il est exactement 5h45 du matin et j’écris sur le PC du copain d’une copine française vivant dans la capitale du plat pays) pour donner mon opinion sur un article de Marianne qui m’avait quelque peu intrigué :

Il faut dire que l’hebdomadaire de JFK (plus connu sous le nom de Jean-François Kahn) a fait fort puisque dans son édition du 21 juin dernier – soit quelques jours seulement après le « non » irlandais au Traité de Lisbonne – il titrait de manière tapageuse : « Les assassins de l’Europe ! »

François Hollande, José Manuel Barroso, Nicolas Sarkozy et Laurent Fabius : les assassins de l'Europe selon "Marianne" du 21 juin. Tout le monde y a pris pour son grade à commencer par les euro-romantiques vite surnommés euro-béats : François Hollande, le leader du PS, Nicolas Sarkozy, le président de la République française (au passage, peut-on vraiment le considérer comme un euro-romantique ?), José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne… ce sont eux les assassins de l’Europe, selon Marianne ! N’oublions pas également Laurent Fabius ou bien Rupert Murdoch, l’un noniste par opportunisme et l’autre eurosceptique par nature. Bref, la liste est loin d’être exhaustive et Marianne ne s’est pas gênée pour fustiger cette classe politique qui à force de se couper de la base, a tué cette belle idée qu’est l’Europe

Si la remarque est loin d’être stupide, elle est cependant facile et simpliste sans compter que rejeter la faute sur l’élite politique me paraît un peu léger même si c’est du tempérament de Marianne de faire des articles simplistes. Ainsi, François Hollande est décrit comme quelqu’un qui a sacrifié l’une des rares convictions qu’il avait encore pour assouvir ses ambitions présidentielles en 2007 en proposant un référendum interne au PS qui devait lui permettre de lui la voie à l’investiture socialiste à l’Elysée et contrer notamment un certain Fabius. Les militants socialistes apprécieront cette analyse ô combien intelligente !

Dès lors, les Barroso, Sarkozy, Brown, Merkel sont devenus des euro-béats, qui au lieu de défendre la cause européenne, ont tout simplement dégoûtés les Européens que nous sommes de l’Europe telle qu’elle existe et telle nos dirigeants, en véritables schizophrènes, la fustige : d’un coup, on sort que l’Europe c’est génial, mais de l’autre, on ne se gêne pas ensuite pour rejeter la faute sur Bruxelles lorsqu’il s’agit d’appliquer une décision prise par les Etats membres lors du Conseil de l’Union !

Aussi, s’il est excessif de parler « d’assassins de l’Europe » (en même temps, c’est Marianne, que voulez vous !), l’hebdomadaire centriste tendance révolutionnaire a cependant un mérite : celui de souligner le manque de citoyenneté dans l’Europe d’aujourd’hui. Aujourd’hui encore, l’Union Européenne reste assimilée à celle des technocrates, des gens froids et inhumains qui décident pour l’ensemble des Européens ! Bien évidemment, j’ironise et cela peut prêter à sourire mais c’est le discours qui est honteusement utilisé par les eurosceptiques, groupe regroupant aussi bien l’extrême droite que l’extrême gauche en passant par les souverainistes de droite comme de gauche. Qui plus est, c’est un discours qui marche en raison d’une certaine frilosité des euro-romantiques dont je fais partie.

Conclusion : ne soyons plus frileux, soyons euro-décomplexés afin de faire (re)vivre l’idée européenne et assurer un bel avenir à l’Union Européenne.

Nota bene : lors de mon déplacement à Bruxelles, j'ai appris la mort de Bronislaw Geremek, l'un des leaders de Solidarnosc en Pologne et ancien ministre des affaires étrangères. J'attends d'être de retour en France, pour m'exprimer et rendre hommage à ce grand européen !

par Gilles publié dans : Je vous parle d'Europe
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Vendredi 11 juillet 2008

Silvio Berlusconi, président du Conseil italien. Il Cavaliere a encore frappé ! En effet, le Président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, a fait passer une loi qui suspend toute poursuite et instruction judiciaire concernant le Président de la République, celui du Sénat, de la Chambre des députés ainsi que le chef du gouvernement, autrement dit, lui-même ! En clair, durant la durée de son mandat, le Président du Conseil ne sera pas inquiété par la justice et pourra tranquillement bénéficier d’une immunité totale.

Il faut dire que Silvio Berlusconi est un familier de la justice en Italie puisque pas moins de dix-sept enquêtes et instructions pour corruption et abus de biens sociaux sont menées à son encontre. Belle performance pour un homme qui considère les juges comme idéologiquement atteints et tout simplement attardés ! Dès lors, souhaitant en finir une fois pour toutes avec la justice, il n’a pas trouvé mieux que de se tailler une loi sur mesure, quitte à créer une justice à deux vitesses.

A titre personnel, la nouvelle trouvaille de Berlusconi pour échapper à la justice ne me surprend guère, d’autant plus que plus grand-chose ne me surprend venant de la part d’un beau parleur. Il n’y a qu’en Italie où on est capable de faire adopter de telles lois au risque d’écorner un des principes fondamentaux de l’Etat de droit, à savoir, l’indépendance et la séparation des pouvoirs. Mais en même temps, il faut également rappeler toute la complexité de la vie politique italienne : depuis de nombreuses années, la corruption fait plus ou moins la loi dans le système politique de la péninsule et il faut dire que la justice n’y est pas allée de main morte pour mettre à jour toute une entreprise de magouilles et de pot-de-vin en tous genres. Ainsi, il se faut se rappeler de l’opération « Mani Pulite » (Mains Propres) menée dans les années 1990 et qui fut un véritable séisme pour la vie politique italienne : tous les partis furent concernés et la mise en lumière d’un vaste système de corruption a signé l’arrêt de mort de nombreuses formations

Alors face à cela, les juges italiens tentent de faire leur travail en rappelant tout simplement aux membres de la classe politique italienne que ce sont des justiciables comme n’importe quel citoyen. Mais en faisant adopter cette loi et en agissant de la sorte, Silvio Berlusconi instaure explicitement une justice à deux vitesses et légitime d’une certaine manière un système plus ou moins corrompu. Et si les Italiens sont conscients de la situation, cela ne leur empêchent pas d’avoir une bonne image du Cavaliere, ce qui est assez curieux quand on connaît le personnage !

par Gilles publié dans : Je vous parle d'Europe
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