En cette nuit d’insomnie, je n’allais pas tarder à rejoindre Orphée quand je me suis dit qu’il fallait que je réponde à un jeune
bloggeur de 19 ans, Kévin Bernardi.
Etudiant en première année de droit, ce jeune narbonnais est un militant socialiste et franchement pro-Royal, ce qui n’est pas
pour me déplaire, d’autant plus qu’il fait un travail remarquable sur son blog. Toutefois, c’est son billet d’humeur à propos du Traité de
Lisbonne qui m’a attiré l’attention. En voici l’intégralité :
Hier, l'Irlande a voté par référendum" Oui" ou "Non" au Traité de Lisbonne, concernant en grande partie la réforme des
Institutions de l'Union Européenne.
Imaginez quand même que sur 27 pays membres, se disant "Démocratiques", seul l'Irlande a choisi la voie référendaire...
La France, présidée par Nicolas Sarkozy (personne ne l'ignore?), a choisie le vote par voie parlementaire.
Par peur d'un nouveau refus après le "Non" français de 2005 ou par mépris du peuple, qui selon la Constitution et nombres de textes fondamentaux,
est "souverain"? Un peu des deux à vrai dire.
Oui, Nicolas Sarkozy n'a pas souhaité connaître un nouvel affront (il était Ministre en 2005) et une soit-disant mise à l'écart des décisions
européennes, comme ce fut le cas, en 2005.
Bouh la France, le vilain petit canard, qui ne fait pas comme les autres!!! Ca, c'était en 2005. Les résultats du vote irlandais seront connus
dans l'après-midi; demain se sera peut être l'Irlande qui sera considéré comme le "vilain petit canard" ou plutôt, la brebis galeuse, qui ne suit pas le troupeau.
S'il aurait dû se prononcer, je pense que le peuple français, aurait refusé ce texte.
Pourquoi?
Pour plusieurs raisons, qui sont quasi-identiques aux arguments des "pro-No" en Irlande:
- L'Europe décide de 7 mesures législatives sur 10
- Les citoyens ne sont que trop peu informés des décisions prises par une Commission qui détient trop de pouvoirs, alors que ce devrait être au
Parlement Européen, élu par les 500 millions de citoyens européens.
- L'Europe est donc sourde aux revendications sociaux-économiques, notamment celles des pêcheurs actuellement (Portugal, Espagne, France, Italie,
Belgique, Pays-Bas, Irlande...)
- Les citoyens, irlandais ou européens, ne sont pas informés des idées-phares du Traité de Lisbonne. Est-ce qu'en France, le Traité a été
détaillé, dans les JT, la presse quotidienne...??? Non, l'adoption s'est faite en catimini, sans que l'avis des citoyens ne soit demandé.
- Enfin, les européens, les citoyens européens ne veulent pas d'une fédération du style "Etats-Unis d'Europe".
Et pourtant, c'est bien de cela qu'il s'agit dans le Traité de Lisbonne:
- Un président de l'Union élu pour 2,5 ans renouvelables (présidence de 6 mois actuellement)
- Un Ministre des Affaires-Étrangères... et peut être bientôt, un Ministre de la Défense, un Ministre de l'Economie, de la Culture, de
l'Agriculture... commun à tous.
Pour ces raisons-là, je n'aurai pas voté "Oui" au Traité de Lisbonne... si bien-sûr le texte, cher à Nicolas Sarkozy, avait été soumis à
référendum.
Mais comme un article du "Daily Telegraph" (repris hier sur ce site) le décrivait, les dirigeants européens, sont déjà en train de calculer,
d'échafauder un plan "B" en cas de refus Irlandais, pour qu'au final, le Traité de Lisbonne soit... adopté.
Voilà une belle leçon de Démocratie... Ne donnons plus de leçon au reste du monde, nous avons encore beaucoup à apprendre de la signification du
mot "Démokratîa".
Kévin - SégolènePour2007, le 12 juin
2008
Je dois vous dire que le commentaire de Kévin m’avait intrigué au point que je lui réponde sur son blog (D’ailleurs, je vous
invite à lire mon commentaire en cliquant sur le lien suivant). En retour, Kévin a eu la gentillesse de me répondre à son tour.
Toujours est-il que la construction européenne souffre d’un déficit d’image faute d’être perçue différemment par les citoyens que
nous sommes. Résultats des courses, des contre-vérités sont parfois émises et c’est l’Union Européenne qui en prend un coup.
Commission européenne, Bruxelles
(Belgique) Ainsi, si Kévin émet des objections justes et valables sur le manque de transparence de l’Union Européenne, on ne peut pour autant dire que cela soit la règle bien au
contraire ! En effet, depuis une dizaine d’années, le Parlement Européen voit ses attributions renforcées au détriment de la Commission Européenne qui n’est pas toute puissante contrairement
à ce qu’on pourrait le penser et comme je l’avais signalé à Kévin, elle exerce un contrôle sur la Commission en validant ou non la composition de celle-ci ou alors en la renversant. Deux
exemples concrets : en juin 2004, lors de l’audition des commissaires composant la Commission Barroso, le membre italien de celle-ci fut écarté par les députés en raison de ses propos sur
l’homosexualité. Cinq ans auparavant, la Commission Santer fut contrainte à la démission, cette dernière étant sous le coup d’une mention de censure en raison de la mise en cause de certains de
ses membres dans des scandales financiers et de mœurs.
Qui plus est, il est injuste de penser que l’Union Européenne fait la sourde oreille aux revendications des citoyens que nous
sommes ! Pour preuve, la Commission de Bruxelles a finalement acceptée de venir en aide aux pêcheurs en difficulté en raison des prix de l’essence. De plus, l’Europe est quotidiennement
présente dans nos vies notamment en ce qui concerne la défense et les droits des consommateurs ou bien encore la libre-circulation.
Parlement européen à Strasbourg (France (pour les séances plénières)) et à Bruxelles (Belgique
(pour les séances ordinaires) Pour finir, j’aimerais évoquer la nature même de l’UE : l’ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors aime à dire que l’Europe est
un objet politique non identifié. C’est vrai d’autant plus qu’elle semble hésiter entre fédéralisme et simple association d’Etat-nations. Néanmoins, elle avance à petit pas vers la voie
fédéraliste, n’en déplaisent à certains. Une monnaie unique, la libre-circulation des personnes, des institutions renforcées et reconnues… L’option fédérale est bel et bien une possibilité depuis
quinze ans et le fameux traité de Maastricht. Cela ne veut pas dire qu’elle sera aisément adoptée mais elle montre également qu’elle a des résultats.
Les raisons de rejeter le Traité de Lisbonne sont légitimes d’autant plus que je rejoins Kévin lorsqu’il dénonce le déficit
démocratique qui a prévalu au moment de l’élaboration du texte. A titre personnel, je reste un partisan du référendum mais un bon référendum ne servira à rien et produira les mêmes effets si un
lourd effort de pédagogie et de transparence n’est pas réalisé. C’est en cela que les europhiles ont péché lors des référendums français, néerlandais et irlandais. La pédagogie et l’explication
seront les meilleures armes pour lutter contre les idées reçues et obscures à propos de la construction européenne.
Tout cela pour conclure que l’Europe ne pourra se faire sans les citoyens, actuels mais aussi futurs ! En effet, pour être
concrète, l’idée d’Europe doit être perçue dès le plus jeune âge afin que les enfants d’aujourd’hui deviennent des citoyens européens avisés demain ! Des citoyens avisés qui auront le devoir
de se montrer exigeants vis-à-vis de la construction européenne et de ses acteurs, si celle-ci souhaite conserver sa légitimité.
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