La droite a gagné les législatives comme prévu. Cela ne fait aucun doute. Mais, j’ai comme l’impression qu’elle se comporte comme si elle avait subi un revers (remarquez, cela n’est pas plus mal comme cela tant que celle-ci était de plus en plus arrogante notamment vis-à-vis de la gauche). D’ailleurs, l’ambiance n’était pas trop à la fête dimanche soir. Enfin, qu’on s’est rendu compte à la Maison de la Chimie que l’état de grâce était passé et qu’à force de se moquer des gens, ces derniers s’en souviennent.
Parmi les symboles du ressac qu’a subi la majorité (on lui avait promis 387 sièges au pire, 447 au mieux sans compter les 21 à 24 du Nouveau
Centre, elle n’en obtient finalement que 340 dont 19 du NC), on peut citer les battus tel qu’Arno Karlsfeld à Paris, Renaud Donnedieu de Vabres à Tours etc. Mais la personne la plus emblématique
de ce ressac reste en la personne d’Alain Juppé.
Alain Juppé, ministre démissionnaire de l'écologie et battu au second tour de la législative face à la socialiste Michelle Delaunay (www.lemonde.fr)
Alain Juppé risquait gros dans l’affaire. Tout d’abord en sa qualité de numéro 2 du gouvernement Fillon, au poste de ministre d’Etat chargé de l’Ecologie, de l’Aménagement et du développement durables et du Transport. Bref, un ministère sur mesure pour quelqu’un qui a du monnayer son soutien au président Sarkozy pour obtenir cette contrepartie. Alain Juppé pensait sans doute que son élection à la députation ne serait qu’une formalité et surtout une confirmation avant la municipale de 2008. Une nouvelle élection de Juppé aurait permis à ce dernier de se sentir plus légitime au sein du gouvernement voire même au sein de l’UMP (ce qui, à terme, aurait gêne le tandem Sarkozy – Fillon)
Puis est arrivée cette règle édictée par le Premier ministre : tout ministre candidat battu aura pour obligation de quitter le gouvernement. C’était juste histoire de faire bonne figure, de dire qu’un ou une battu(e) présent au gouvernement était dans l’obligation de se retirer. Chez Sarkozy, on abhorre l’échec ! On ne veut que du résultat ! Bref, il fallait faire bonne figure, c’est pour cela que le numéro 1 du gouvernement a imposé cette règle qui ne devait être qu’une formalité. Malgré tout, Alain Juppé a été battu – contre toute attente – dimanche soir par la candidate socialiste Michelle Delaunay.
Les partisans de Juppé ont voulu accuser les électeurs bordelais qui ont fait preuve – selon eux – d’ingratitude envers leur maire. Sans doute qu’Alain Juppé a rénové en profondeur la capitale girondine. Toutefois, Alain Juppé ne peut s’en prendre qu’à lui-même. L’homme a certes un talent et est très intelligent, toujours est-il qu’il a été et reste toujours aussi méprisant envers les gens et notamment envers ses adversaires. Qui plus est, on nous parle de rupture avec une certaine façon de faire de la politique. Laissez-moi rire car je tiens à vous préciser qu’Alain Juppé, jusqu’à dimanche, était un sacré cumulard ! (cf. article) Aussi, je pense que la majorité des électeurs de la seconde circonscription de Gironde a voulu sanctionner une certaine méthode adoptée par l’ancien ministre de l’Ecologie.
Enfin, si Alain Juppé ne peut s’en prendre qu’à lui-même, il peut également s’en prendre à ses propres « amis » politiques qui de fait, lui ont tendu un sacré piège ! En effet, François Fillon – lorsqu’il avait édicté cette règle – connaissait parfaitement la situation politique de Bordeaux où à la dernière élection présidentielle, Ségolène Royal avait totalisé 55% des voix face à Nicolas Sarkozy. Dès lors, il savait bien qu’Alain Juppé partait en opération quasi-suicide. Dès lors – mais je ne fais que supposer – je me demande bien si la règle édictée par le Premier ministre n’était tout simplement pas une manière quelque peu habile de se débarrasser d’Alain Juppé qui serait devenu gênant pour la suite et notamment pour le contrôle de l’UMP ? (Cf. article) A mon sens, l’ancien Premier ministre voulait rééditer le même coup que celui réalisé par Nicolas Sarkozy : revenir en grâce grâce à son pire ennemi pour ensuite reprendre sa revanche politique sur lui. C’était tout l’enjeu qui l’avait animé. Aussi, si à Matignon, on salue l’expérience et les qualités de homme d’Etat d’Alain Juppé, il n’en demeure pas moins que le tandem Sarkozy – Fillon y gagne au change.
Aussi, Alain Juppé a été touché en plein cœur, ou plutôt en pleine grâce. C’est également une leçon pour la majorité dans la mesure où il ne suffit pas de dire que l’on soutient Nicolas Sarkozy pour espérer l’emporter. C’est également une leçon dans la mesure où il ne suffit pas de dire qu’on réalise la rupture et qu’on s’amuse encore à faire des magouilles politiques. Bref, Alain Juppé a été touché en pleine grâce, se pose désormais la question de son avenir politique.
Geneviève Fioraso, députée socialiste de l'Isère. (
Elisabeth Guigou remerciant ses partisans en compagnie de Philippe Gugliemi, son suppléant (à gauche) et de Gilbert Roger, maire de Bondy, hier soir vers 23 heures. (Photo
prise de mon téléphone portable)


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