Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration, de l'Identité nationale, de l'Intégration et du
Co-développement. Suite à mon article sur la loi Hortefeux – quatrième loi sur l’immigration votée par la droite depuis sa présence aux affaires en 2002 – j’ai voulu prolonger le
débat.
Aujourd’hui, il est clair que l’immigration est devenue un sujet majeur dans l’opinion française, sujet avec lequel, mon parti s’est souvent senti mal à l’aise entre une volonté généreuse – c’est-à-dire, une politique de régularisation massive – et une réalité à prendre en compte – c’est-à-dire, la nécessité de contrôler les flux migratoires.
Dire qu’on régularisera tous les sans-papiers, c’est être quelque peu démagogique et ne pas rendre
service aux pays d’émigration. A ce titre, il est bon de préciser que Ségolène Royal s’était opposée à une régularisation massive et avait opté en revanche pour une politique de développement
ambitieuse dans les pays concernés par ce drame que constitue – en quelque sorte – l’immigration. Dès lors, un clivage droite / gauche se redessine puisqu’à la différence de la droite, il s’agit
de traiter les problèmes à partir de la racine.

En effet, comment peut-on rester indifférent par rapport à des personnes qui risquent tout et lâchent tout au point de faire un trait sur leur passé, leur existence ? Comment se sentir indifférent lorsque des centaines d’hommes et des femmes osent traverser tout le continent africain pour espérer une vie meilleure ? Comment se sentir indifférent lorsque ces hommes et ces femmes n’ont plus rien à perdre et préfèrent se prendre une balle à la frontière marocaine à Ceuta au lieu de mourir de faim dans leurs pays ?
Alors certains comme Nicolas Sarkozy se prononcent en faveur d’une politique des quotas. Cela me
fait rire mais aussi frémir car 1) on a l’impression d’entendre Jean-Marie Le Pen (il y a une quinzaine d’années) et 2) la politique des quotas ne risque pas d’améliorer la question du contrôle
des flux migratoires, bien au contraire !

Là où le président de la République s’oppose à une régularisation massive car cela favoriserait un appel d’air, une politique de quotas aurait le même effet. En effet, allez dire à un immigré : « on veut 70 000 immigrés pour cette année », ce dernier n’aura plus qu’à se dire : « je n’ai plus qu’à tenter ma chance ! ». Autrement dit, au lieu de réfréner les candidats à l’immigration, la politique des quotas favoriserait davantage l’immigration clandestine. A ce titre, des pays comme l’Italie, le Royaume-Uni ou bien encore l’Espagne en savent quelque chose !
Alors que faire ? Que faire face à des gens qui imaginent l’Europe – par extension l’Occident – comme
étant la nouvelle frontière, le nouvel Eldorado ? Que faire lorsque l’Europe – il faut le dire – est débordée par ce que Michel Rocard qualifiait de « misère du monde » ?
L’ancien Premier ministre de François Mitterrand (1988 – 1991) disait : « La France ne peut recevoir toute la
misère du monde », ce qui avait fait polémique et ce qui est vrai. Néanmoins, elle peut contribuer à la faire diminuer de façon significative. Cependant, cela ne peut se faire sans le
concours des autres Etats de l’Union. Autrement dit, la question de l’immigration (principalement clandestine) doit être traitée au niveau communautaire et en collaboration avec les principaux
pays concernés par ce phénomène migratoire. Mener une politique migratoire unilatérale et sans le réel concours des principaux pays d’Afrique n’a aucun sens surtout si il s’agit de « piquer »
leur matière grise et se contenter de maintenir en place des chefs d’Etat, véritable dictateurs en leurs pays.
François Mitterrand disait – lors de ses vœux à la Nation le 31 décembre 1989 à propos des peuples d’Europe de l’Est– « Les peuples libérés ne demandent pas l’aumône mais des raisons de
croire dans un régime de liberté et de justice, c’est-à-dire un certain modèle de vie au sein d’une société de droit ». La France et l’ensemble de l’Union Européenne peuvent jouer un rôle de
premier plan. A ce titre, de plus d’une redéfinition des relations franco-africaines, la France peut être la tête d’un véritable Plan Marshall, idée déjà soutenue par l’ancien Premier ministre
britannique Tony Blair.
C’est de la crédibilité et de la mise en place d’une idée initiative que le continent africain sortira de l’ornière et que la question de l’immigration saura être réglée. Faire croire à nos compatriotes que la mise en place de test ADN et de quotas suffiront pour maîtriser les flux migratoires, cela reste un leurre, un clin d’œil au Front national et une insulte à des continents entiers dont on n’est pas mécontents lorsque ces derniers nous fournissent des matières premières ou lorsqu’on arrive à leur vendre des armes !
PS : le sujet étant vaste et complexe, je serai sans doute amené à l’évoquer régulièrement en traitant d’autres points ! A suivre donc !
PS 2 : je vous invite à regarder sur le site de France 5, l’émission de Serge Moati, « Ripostes », du 23 septembre, spécialement consacré à ce sujet. Parmi les participants au débat : Philippe Val, Patrick Veil, Christiane Taubira, Brice Hortefeux, Gaston Kelman et Eric Zemour. Cliquez ici! Bonne lecture !



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