Durant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy s’était publiquement et fermement opposé à la candidature de
la Turquie à l’Union Européenne. Lors de son accession à l’Elysée, il a quand même laissé les négociations se poursuivre avec la Turquie. Par la suite, il envisageait de supprimer un article de
la Constitution qui obligeait la tenue d’un référendum pour tout nouvel Etat candidat dans l’Union.
Et finalement, coup de théâtre ! Le Président de la République, sous la pression de Patrick Devedjian – fervent opposant à la candidature d’Ankara – est finalement revenu sur sa décision, ce qui constitue en soi une nouvelle mauvaise, une très mauvaise nouvelle !
C’est carrément un scandale et il s’agit là d’une aberration ! « Si la réforme constitutionnelle, dans laquelle s'inscrit cette disposition, est votée lors du Congrès qui doit avoir lieu le 7 juillet, la Constitution française sera le seul pays européen à compter une disposition spécialement destinée à empêcher l’adhésion d’un pays, la Turquie en l’occurrence. » dixit Jean Quatremer sur son blog. Du côté de l’UMP et de l’Elysée, on tente de dédramatiser en précisant que ce fameux recours au référendum concerne également des pays comme l’Ukraine ou la Russie, candidats potentiels, ce qui pause un problème de taille puisque l’Ukraine fait bel et bien partie du continent européen. Mais l’objectif reste le même : bloquer l’entrée de l’Europe à la Turquie.
« Cette affaire est inquiétante à plus d’un titre : d’abord, c’est la démonstration que Sarkozy ne tient plus sa majorité. Alors qu’il était favorable à la suppression pure et simple de l’actuel article 88-5 imposant un référendum pour toutes les adhésions après celle de la Croatie, il se retrouve avec une disposition spécifiquement antiturque. Son engagement politique de procéder à un référendum sur cette adhésion n’a donc pas suffi à rassurer l’UMP, ce qui en dit très long sur la confiance qu’inspire le locataire de l’Élysée. Ensuite, le nouvel article 88-5 est clairement discriminatoire, car l’Ukraine n’est pas prête d’être candidate. La Turquie est donc fondée à voir là une véritable déclaration d’hostilité : la version actuelle du 88-5 avait au moins le mérite de la neutralité. Enfin, le référendum, qui n’aura pas lieu avant une dizaine d’années, promet d’être un grand moment de la vie démocratique française, la consultation risquant de se transformer en un défouloir antimusulmans.» rappelle à juste titre, le correspondant de Libération à Bruxelles.
Nicolas Sarkozy en compagnie de Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes et du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. C’est tout le
risque de ce référendum et Nicolas Sarkozy l’avait bien compris tant que cela pouvait nuire à l’image de la France non seulement en Turquie mais dans les pays musulmans. Pour autant, il a
préféré céder aux pressions d’un homme – Patrick Devedjian – qui s’oppose à la venue de la Turquie en raison des polémiques sur le génocide arménien ! Dès lors, il prend le risque
d’envenimer les relations entre Paris et Ankara dans la mesure où la France se permet de décider ou non la venue de la Turquie dont on sait pertinemment que le référendum risque de se transformer
en rejet pur et simple de ce pays.
«Si cette disposition, qui est une défaite pour Sarkozy, est maintenue en l’état, je pense que le PS ne votera pas la réforme constitutionnelle.»
a récemment déclaré le député socialiste du Doubs Pierre Moscovici. Il est en effet clair que le Parti socialiste ne peut cautionner ce qu’il convient d’appeler un référendum antiturc et une
insulte à la Turquie, pays de 70 millions d’habitants. Ne pas le faire, c’est finalement être bienveillant de la bêtise commise par l’Elysée et prendre le risque de subir les contrecoups d’une
telle décision !
Pour lire l'article de Jean Quatremer, cliquez ici :









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