Irlandais fêtant la victoire du non irlandais. (www.lemonde.fr) Après le « Non » français et le
« Nee » néerlandais au Traité établissant une Constitution pour l’Europe en 2005, voici le « No » irlandais au Traité de Lisbonne, texte qui devait (ou doit plutôt, soyons
optimistes !) remplacer le premier.
Pour être franc, je ne suis malheureusement pas surpris du résultat de la consultation référendaire irlandaise. Les eurosceptiques s’y sont donnés à cœur joie pour casser du sucre sur une construction européenne pourtant indispensable. Pourtant, les Villiers, de Winter et autres antieuropéens ne devraient pas pavoiser : en effet, le taux de participation a été extrêmement faible (environ 45%) et qui plus est, les raisons du non irlandais n’ont rien à voir avec ceux des non français et néerlandais. L’euroscepticisme a joué plein gaz dans un pays qui doit beaucoup à l’Europe, notamment sur le plan économique.
Toujours est-il qu’il faut prendre en compte le verdict des Irlandais. A titre personnel, le rejet du traité de Lisbonne est une mauvaise nouvelle pour la construction européenne et pour les autres dirigeants de l’UE à commencer par Nicolas Sarkozy. Celui qui se vantait du retour de la France en Europe avec le mini-traité qu’il avait initié est désormais bien ennuyé avec le non irlandais ! Désormais que va faire celui qui va prendre la présidence tournante de l’Union Européenne dans un peu plus de semaines ? Le rejet irlandais du traité de Lisbonne montre en tout cas que l’influence de la France est loin d’être complètement rétablie au sein de l’UE.
Je ne suis pas surpris par ce résultat pour la simple raison que nous, euro-romantiques, avons péché par rapport à ce traité de Lisbonne. On a en effet pensé qu’il suffisait de s’en tenir à une conférence intergouvernementale classique qui allait revoir la Constitution européenne et qu’une fois transformée en Traité de Lisbonne, ce texte passerait comme une lettre à la poste ! Grave erreur qui illustre avant tout la défiance des citoyens européens vis-à-vis de leurs dirigeants !
Irlandais lisant le "Herald Tribune" du vendredi 13 juin.
L’Europe ne peut plus se faire sans les citoyens et c’est la leçon que l’on doit tirer du vote irlandais. Je pense que cela n’a pas été compris par nos dirigeants et les eurosceptiques ont
en profité pour exploiter le traité de Lisbonne et le détourner. Si l’Europe doit à nouveau susciter des passions, cela doit se faire par des actions concrètes. Qui plus est, nos dirigeants
doivent cesser de faire preuve de schizophrénie quand cela leur arrange : Nicolas Sarkozy (pour ne parler que de lui !) s’était réjoui du traité simplifié, ce qui ne lui a pas empêché
de critiquer la Banque Centrale Européenne en critiquant sa politique monétaire, et ce avec des accents démagogiques, à la limite du populisme !
Résultats des courses : on a ce qu’on mérite, faute d’avoir des dirigeants suffisamment européens. Dès lors, certains parmi les euro-romantiques peuvent avoir de la frustration, voire de la colère. A ce titre, je pense à mon ami Vincent, qui n’a pas caché son amère déception en s’en prenant avec vigueur aux Irlandais. Effectivement, mon cher Vincent, on peut être déçu ! Mais cela ne doit pas nous faire oublier un point essentiel : l’Europe ne peut se faire sans les citoyens, cela est désormais un fait que les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 ne pourront pas transiger.
Alors que faire ? Faire revoter les Irlandais ? Elaborer un nouveau traité ? Ou alors pousser les Irlandais à quitter l’Union ? Autant vous le dire tout de suite, la troisième solution est à exclure car on ouvrirait la boite à Pandore et on signerait la fin de l’aventure européenne. Le plus probable serait de faire revoter les Irlandais quitte à négocier des dispositions particulières. On ne peut faire mieux pour l’instant mais cela me semble plausible. D’ailleurs, on avait adopté un tel scénario lors du traité de Nice : en juin 2001, les Irlandais avaient voté non pour finalement oui en octobre 2002 après un effort considérable de pédagogie et d’explication de la part de la classe politique irlandaise.
Toujours est-il que dans l’immédiat, le processus de ratification doit se poursuivre, on fera les comptes après !
C’est après-demain que les Irlandais vont se prononcer, par
référendum, pour ou contre le traité de Lisbonne en cours de ratification par les 27 Etats de l’Union.
Comme je le dis assez souvent, l’Europe mérite d’être aimée et
suppose qu’on prenne des risques pour elle notamment vis-à-vis de concitoyens qui semblent douter après 50 ans de construction européenne. Nos dirigeants actuels n’expriment pas ce « désir
d’Europe », cette envie de vouloir mener la construction européenne à son terme. Les années 1980 et au début des années 1990 furent des périodes magiques pour la construction européenne car
nous avions des dirigeants qui croyaient dur comme fer à l’Europe quitte à prendre des risques politiques. Je pense notamment au référendum sur le traité de Maastricht en 1992 en France. Grâce à
la mobilisation de François Mitterrand, alors président de la République, les Français se sont prononcés à pour une Europe plus politique même si le oui n’était passé qu’à une courte
majorité.
Durant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy s’était publiquement et fermement opposé à la candidature de
la Turquie à l’Union Européenne. Lors de son accession à l’Elysée, il a quand même laissé les négociations se poursuivre avec la Turquie. Par la suite, il envisageait de supprimer un article de
la Constitution qui obligeait la tenue d’un référendum pour tout nouvel Etat candidat dans l’Union.




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