Marc d'Héré, ancien militant
socialiste, désormais membre de "Gauche moderne", le parti fondé par Jean-Marie Bockel. Il y a quelques semaines, un bloggeur, du nom de Marc d’Héré, me laisse un commentaire sur mon
blog à propos d’un article que j’avais consacré aux Reconstructeurs, groupe réunissant des amis de DSK et Laurent Fabius autour de Martine Aubry. Voici son commentaire :
« Sur le plan des idées de la rénovation du parti, rien de
nouveau n’est apporté par ce regroupement et cette réunion. En revanche, c’est l’apparition d’une nouvelle candidate au premier secrétariat, et à la présidence de la République. Une division de
plus ! »
Marc d’Héré, le 3 juin 2008
Souhaitant en savoir plus, je clique sur un lien qui me mène directement sur son blog. Il se présente comme un ancien socialiste qui avait quitté le PS en 2005 peu de temps après le Congrès du Mans. Proche de Jean-Marie Bockel, il rejoint
ce dernier lorsqu’il fonde « Gauche moderne », un parti qui se veut dans la majorité présidentielle. A la lecture de son blog, un article m’avait attiré l’attention :
« Le Président qui tient ses promesses »
Je n’ai pas tardé à répondre à cet homme en axant principalement ma réflexion sur deux principaux
points : la politique européenne et africaine de la France. Voici mon commentaire :
Cher Mr d'Hère,
J'espère que vous plaisantez dans vos propos (malheureusement non !), d'autant plus que certains d'entre eux m'ont étonné, voire choqué !
Je ne reviendrai pas sur les franchises médicales, la politique étrangère etc. mais sur deux éléments :
- tout d'abord, la politique africaine : je tiens à vous rappeler une chose. En janvier dernier, Jean-Marie Bockel - que vous connaissez bien - alors secrétaire d'Etat chargé de la Coopération et
de la Francophonie avait demandé à Nicolas Sarkozy d'inaugurer une nouvelle politique africaine. Tollé des présidents africains, Omar Bongo (Gabon) en tête et résultats des courses
: Mr Bockel est nommé secrétaire d'Etat aux Anciens combattants ! Bien vu que la part de l'Elysée qui n'est pas prêt à réaliser une rupture avec la Françafrique !
Second élément : l'Europe ! Je tiens à le dire, j'ai voté oui pour la Constitution en 2005 et je suis un fédéraliste ! Si cela était à refaire, je le referai ! Toutefois, le principal
enseignement que l'on doit tirer du vote du 29 mai 2005, c'est que les Français ne sont pas contre l'Europe mais veulent l'Europe plus démocratique et non dont les décisions sont prises en comité
restreint comme cela se fait souvent malheureusement ! Nous avons trop accusé Bruxelles de tous les maux et nous l'avons payé ! Or, je vois que Nicolas Sarkozy fait encore dans l'arrogance, sans
se soucier de communiquer sur l'UE auprès des citoyens que nous sommes ! Au lieu de vanter les bienfaits de l'Europe, le chef de l'Etat la dénigre encore plus ! Ce n'est pas ainsi que nous
pourrons faire apprécier l'Europe auprès des citoyens !
Alors je veux bien que vous dites que Nicolas Sarkozy tient ses promesses ! Mais je trouve qu'au bout d'un an de Sarkozy, on a bel et bien un écran de fumée ! Il a tellement promis mais
déçoit énormément !
Quant à la gauche et tout particulièrement au PS, ce dernier joue gros dans l'affaire ! Alors sans doute qu'on paie le consensus mou façon Hollande, ce que je regrette tant que Hollande est un
homme remarquable ! Mais au bout du compte, je reste persuadé que Ségloène Royal était et sera la mieux à même à mener les réformes nécessaires dont la France a besoin ! Nicolas Sarkozy passe son
temps à cliver et mettre les Français les uns contre les autres ! Cela est intolérable lorsqu'on veut diriger le pays (il n'y a qu'à voir comment la majorité dont vous appartenez se comporte avec
l'opposition notamment à propos de la réforme des institutions)
Alors vous pouvez dire que tout vas bien mais bon ! Malheureusement, vous êtes assez loin de la réalité !
Cordialement,
Gilles, militant PS
Et voici la réponse de Marc d’Héré :
Cher Gilles,
Je maintiens bien entendu tous les termes de mon article et j'affirme (mais c'est une évidence pour tout observateur) que Sarkozy tient ses promesses.
Vous ne trouvez d'alleurs que deux éléments à contester...mais je ne peux pas vous suivre.
Sur l'Afrique, les difficultés ne m'ont pas échappé, pas plus que le problème Bockel...Les choses avancent lentement (c'est ce que je dis d'ailleurs dans l'article), mais elles avancent: contacts
avec de nouveaux pays africains , discours sans concessions, annonce d'une nouvelle politique de présence militaire, accords sur l'immigration et le co développement sur des
bases nouvelles avec plusieurs pays Africains.... Voilà de grands changements ou des débuts de changement (il reste encore 4 ans!).
Sur l'Europe, c'est Nicolas Sarkozy (alors que Chirac ne faisait RIEN) qui l'a sortie de l'ornière et qui a fait accepter le traité de Lisbonne et l'a fait ratifier par la France. Il prépare
des avancées importantes lors de la présidence française sur l'énergie, l'environnement, la défense, l'immigration....Alors c'est vrai il n'est pas toujours d'accord avec Merkel....Mais peu
de Président auront autant fait pour l'Europe que Sarkozy.
Cordialement.
La réponse de Marc d’Héré, homme qui se décrit comme « social-libéral », montre toute la naïveté
dont fait preuve la Gauche moderne de Jean-Marie Bockel. Naïveté tout d’abord concernant le poids politique du sénateur-maire de Mulhouse. Que vaut Bockel au sein du gouvernement ? Pas
grand-chose hormis qu’on a bien compris que Nicolas Sarkozy l’a remis à sa place au début 2008, à propos de la Françafrique. Pour preuve, je tiens à rappeler que le secrétaire d’Etat à la
Coopération s’est vu remercier d’avoir rappelé au président de la République une promesse de campagne en étant nommé aux Anciens combattants. Qui plus est, ce n’est pas parce qu’on entretient de
nouvelles relations avec d’autres pays d’Afrique, qu’on tire un trait sur ses anciennes relations, bien au contraire ! La France tient encore à l’Afrique de Papa ! Pour preuve, Alain
Joyandet, nouveau secrétaire d’Etat à la coopération, s’est rendu le 10 avril dernier au Gabon auprès d’Omar Bongo en compagnie de Claude Guéant pour se rappeler au bon souvenir de l’amitié
franco-gabonaise, écartant d’un revers de la main, les nuages qui s’étaient amoncelées sur celle-ci en raison de la déclaration de Bockel ! Pour en savoir plus, n’hésitez pas à lire un
excellent article sur le site du Pigémag, le journal des étudiants du Master Journalisme de Sciences Po Grenoble, mon école.
Naïveté ensuite concernant, le résultat des réformes. L’enthousiasme de Marc d’Héré tient plus pour
l’admiration qu’il tient à Nicolas Sarkozy qu’à sa politique. En gros, Sarko, c’est un homme qui en jette, qui a un certain bagoo… mais qui fait immédiatement pschiiit lorsqu’on arrive à du
concret. Vous dites, qu’il tient ses promesses ? Alors je devrais m’inquiéter, car ses mesures n’ont rien de progressistes et les résultats sont clairement manipulés. Pour exemple,
parlons de la baisse du chômage : elle n’est que la conséquence directe du nombre de baby-boomers partant à la retraite et d’un plan drastique d’amaigrissement de la fonction publique,
notamment dans l’éducation nationale.
Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Bockel, le fondateur de Gauche
Moderne. Dès lors, je m’interroge sur l’essence même de Gauche moderne. Un tel mouvement pourrait avoir de sa pertinence s’il souhaitait résolument rénover la Gauche, ce qui n’est pas
le cas. La Gauche moderne n’a qu’une raison d’être : Nicolas Sarkozy ! Mais qu’en sera-t-il lorsque ce dernier aura quitté le pouvoir ? La Gauche moderne pourra-t-elle survivre au
sarkozysme ou bien sera-t-elle soluble dans ce dernier ? C’est tout l’enjeu et les évènements montrent que le parti de Jean-Marie Bockel se fond bel et bien dans l’UMP sarkozyste.
C’est en cela que la Gauche moderne brille de par sa naïveté. Pour se défendre, elle invoque l’urgence de
faire des réformes, ce que la Gauche classique refuse d’intégrer, car trop rétrograde à son goût ! Il s’agit bel et bien d’erreur d’appréciation car jamais les leaders du PS n’ont nié
la nécessité de faire des réformes, toutefois, un clivage se forme sur les méthodes !
Oui, la Gauche moderne est bien naïve et si cette dernière pense qu’il faut singer la droite pour sauver la
Gauche, elle a alors tout faux. La Gauche peut être moderne sans pour autant se railler à ce terme ambigu qu’est le libéralisme et en restant fidèle à son histoire. Mais cela, Jean-Marie Bockel
et vous-même, Marc d’Héré, vous ne voulez pas le comprendre !
Aussi, comment se revendiquer de gauche quand on est d’accord avec l’essentiel des idées de
votre adversaire ? Dans ce cas, arrêtez cet opportunisme et changez de nom, cela sera clair pour tout le monde ! Toujours est-il que la Gauche moderne me fait bien sourire et
elle me fait rappeler à l’ouverture incarnée par Jean-Pierre Soisson lorsque ce dernier est entré dans le gouvernement Rocard en 1988. Cinq ans après, sentant le vent tourner, il est revenu à
l’UDF ! Bel exemple au passage !
On pourra dire tout ce qu’on voudra sur la gauche ! Mais force est de constater pour l’instant que la
Gauche moderne n’a de moderne que le nom !
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