Après Malte, voici
Bruxelles. C'est hier que Nicolas Sarkozy s'est rendu à la Commission européenne à la rencontre de son président, José Manuel Barroso, afin de préciser ses intentions quant à l'adhésion de
la Turquie dans l'Union Européenne ou bien encore la relance de la construction européenne après l'échec du référendum de mai 2005 à propos de la Constitution européenne.
Nicolas Sarkozy en compagnie de
son homologue le Chef du gouvernement belge Guy Veroshaft, hier à Bruxelles (www.lemonde.fr)
Autant vous le dire tout de suite, le président de la République nous prépare une Europe à minima : mini-traité, mini Europe, mini ambition et
mini conviction. Alors il prétend aller vite pour le bien dit-il de l'Europe. En réalité, la méthode Sarkozy reste le meilleur moyen pour tuer l'Europe, du moins une certaine vision de
l'Europe.
Les Français ont rejeté - il y a bientôt deux ans - de façon souveraine le Traité Etablissant une Constitution pour l'Europe. Il est nécessaire que ce vote soit respecté tout comme il est
évident que la machine européenne soit relancée. Là, je partage le point de vue de Nicolas Sarkozy. Toutefois, c'est sur la méthode que je me démarque car sous prétexte de rapidité et de
concision, le chef de l'Etat se prend des airs à la De Gaulle lorsqu'il explique que le traité simplifié est ce qu'il y a de mieux pour l'Europe. Là, je ne crains fort que notre pays renoue avec
une certaine arrogance en imposant un point de vue qui - bien qu'on en dise - fait loin de faire l'unanimité sur le plan européen.
D'ailleurs, le traité simplifié semble ravir Tony Blair, le futur ex-premier ministre britannique. On simplifie tout mais à quel prix ? Moins d'Europe qui protège (notamment contre les
délocalisations), moins d'Europe sociale et surtout aucun cadre à propos des futurs élargissements. Le projet de traité simplifié, c'est en quelque sorte la vision britannique de l'Europe qui est
mise en avant. C'est quelque peu renoncer à cette formidable aventure européenne telle que imaginée par les Pères fondateurs. C'est tout simplement manquer d'ambition pour l'Europe.
Car il en faut de l'ambition et parfois des prises de risques. A ce titre, je me rappelle d'une discussion que j'ai eu avec un étudiant de Sciences Po peu après le second tour de l'élection
présidentielle. On parlait de l'Europe. Il me disait pour schématiser : "L'Europe c'est bien mais d'abord, il faut s'occuper de la France et des Français". Si il clair que notre pays a le
sentiment de traverser des moments de doute - encore faut-il que cela soit le cas car cela fait des années et des années qu'on nous sort que le pays est en crise ! Vous ne me croyez pas ? Il
suffit de visionner les Journaux Télévisés disponibles depuis 1978 sur le site de l'INA (www.ina.fr) pour entendre le même discours !
- il ne faudrait surtout pas croire que le "salut" de la France se trouverait dans un repli sur soi. A ce titre, il a été finalement peu été mention de l'Europe durant la dernière campagne
présidentielle. Charge à nous d'en parler davantage, d'en montrer les véritables enjeux. Aussi, le président de la République a pour charge de rassurer les Français et de montrer tout les
avantages et les opportunités qu'offre l'Europe. Alors on pourrait dire que Nicolas Sarkozy s'y emploie et que je dois le laisser tranquille. Soit ! Toutefois, je ne peux que m'inquiéter des
orientations proposées par le chef de l'Etat notamment à propos de la Turquie. En effet, la France peut du jour au lendemain bloquer les négociations avec Ankara, ce qui pourrait satisfaire
certains qui se sentent - selon eux - menacés par l'émergence de ce grand Etat laïque et de confession musulmane. Toutefois, elle risquerait d'embourber l'Union Européenne dans une crise ouverte
avec un régime qui ne cherche qu'à se réformer et dont les conséquences seraient trop imprévisibles

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