A mes lecteurs
Rassurez-vous, je ne vous ai pas oublié et je compte bien poursuivre mon tour du monde virtuel. Cependant, je suis quelque peu fatigué ces temps-ci et qui plus est je suis en pleine lecture du dernier tome des aventures d’Harry Potter (Harry Potter and the Deathly Hallows). Fan comme je suis, je ne peux m’empêcher de plonger dans les intrigues du plus célèbre sorcier de la planète, d’autant plus que ce tome est passionnant.
Mais promis, je ne vous oublie pas, d’ailleurs voici mon article (tant attendu, je l’espère) sur le Japon !
Vendredi 27 juillet
Génération désenchantée
Vendredi matin dans les rues de Tokyo. Je profite de ces derniers instants de promenade avant de revenir à mon hôtel et faire mes valises pour une autre destination. Je vais sans doute partir pour le Chili, pays que j’avais déjà visité il y a huit ans.
En me promenant non loin de la « Mairie » (siège du Gouvernement local de Tokyo), je croise une personne qui m’a l’air familier. « Tu me reconnais pas ? » me dit-elle. Il faut dire que je n’étais sûr de rien… Mais ce n’est pas possible ! C’est bien elle !
Il s’agit bien de Dounia, une amie de lycée, spécialiste du Japon. Du moins, c’est un pays qu’elle connaît très bien puisqu’elle s’y rend régulièrement. En tout cas, l’occasion est trop belle pour avoir son avis sur la jeunesse et la société nipponnes, une jeunesse et une société qu’on a trop souvent tendance à idéaliser.
D’Europe, le Japon c’est les mangas, les films d’animations et la haute technologie. Autrement dit, on a une image quelque peu idyllique de l’archipel et de ses habitants. On oublierait presque que l’Empire du soleil levant traverse également une crise et cela est perceptible plus particulièrement dans la jeunesse japonaise. Dès lors, durant mon dîner avec Dounia, je voulais en savoir plus.
Quand on parle de la jeunesse japonaise – et à travers les lectures que je fais à ce sujet – je reste quelque peu frappé par des jeunes qui sont quelques peu désenchantés par un pays et les valeurs adoptées. Les jeunes japonais connaissent – à mon sens – une crise de valeurs et d’identité. Ainsi que me l’a décrit Dounia, la jeunesse japonaise est très influencée par le mode de vie à l’Américaine (plus communément connu sous le nom d’American Way of life). En effet, il faudrait rappeler que le Japon fut occupé par l’armée américaine au sortir de la Seconde Guerre mondiale et que l’influence de l’Oncle Sam est très notable et ce, jusqu’au niveau institutionnel. Aussi l’influence américaine est très notable et les jeunes nippons semblent – selon Dounia – plus américanisés que « japonisés ».
Toujours est-il que la jeunesse japonaise reste quelque peu désenchantée notamment face à l’avenir. En réalité, la peur du futur n’a jamais été aussi pesante dans la jeunesse japonaise. Le mythe du toyotisme et de l’emploi à vie a bel et bien vécu dans l’archipel et la précarité semble devenir la norme. Qui plus est, Dounia a voulu m’attirer l’attention sur le système éducatif japonais, véritable système à deux vitesses et quelque peu vicieux puisqu’on va même jusqu’à distinguer le niveau de tel ou tel élève suivant l’uniforme de l’école qu’il arbore. Autrement dit, les écoles japonaises se classent en fonction de leur niveau et de leur prestige et l’uniforme scolaire est là pour en témoigner, ce qui facilite les inégalités et un système à deux vitesses.
Pour s’en convaincre, il suffit de voir le film Battle Royale ou bien encore le manga animé Great Teacher Onizuka (GTO). En particulier dans Battle Royale, où hormis l’intrigue en elle-même et les scènes d’hémoglobine, il s’agit de mettre en avant des jeunes plus ou moins désenchantés et qui sont exclus de la société. Aussi, la jeunesse japonaise est en pleine mutation, ce qui peut avoir des effets pervers notamment avec le phénomène des suicides collectifs (voir article ci-dessous) qui touchent de plus en plus les jeunes étudiants quand ces derniers ne se contentent pas de vivre comme des ermites.
Dès lors, le Japon – et notamment sa jeunesse – est quelque peu complexe et il serait bien réducteur de voir en lui, les mangas et les arts martiaux.
A suivre (Prochaine destination : le Chili)
Pour aller plus loin :

Affiche du film Battle Royale

Japon, les suicides collectifs de jeunes se multiplent (Article du Courrier International (numéro 656, 28 mai 2003))
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JAPON • Les suicides collectifs de jeunes se multiplient |
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Depuis février dernier, l'archipel est secoué par une série de suicides collectifs. Leur point commun : les candidats au sacrifice cherchent et rencontrent leurs futurs partenaires sur Internet. L'inquiétude grandit dans toute la société. |
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En novembre 2002, une étudiante de 19 ans, que nous appellerons Kaoru, a découvert cette annonce laconique sur un forum de discussion d'Internet : "H. recherche
partenaires pour mourir avec lui. Habite la banlieue de Tokyo." Plus tôt dans la journée, ses camarades de club de son université lui avaient fait des remarques désobligeantes sur le
retard qu'elle avait pris dans la préparation d'un événement dont elle était responsable. Profondément blessée, elle était demeurée sans voix. "Je me suis dit que j'étais vraiment
nulle et qu'il ne me restait plus qu'à mourir. Mais je n'avais pas le courage de réfléchir à la manière de m'y prendre. Je souhaitais qu'on m'aide à mourir." En surfant distraitement
sur le web, elle est tombée sur l'annonce. A peine avait-elle envoyé le message : "Ça m'intéresse", elle recevait la réponse suivante : "Je suis d'accord".
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Après s'être jetée de la terrasse de son école, elle tente à plusieurs reprises de se suicider aux barbituriques. Sans le web, Mai pense qu'elle ne serait pas en vie
aujourd'hui. "Il me suffit de lire des textes dénotant le même état que le mien pour me sentir bien. Je suis très heureuse quand quelqu'un accepte l'idée de mourir et me propose un
suicide collectif." |
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Takuji Yoshizumi Asahi Shimbun |
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