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Samedi 28 juillet 2007

A mes lecteurs

 

Rassurez-vous, je ne vous ai pas oublié et je compte bien poursuivre mon tour du monde virtuel. Cependant, je suis quelque peu fatigué ces temps-ci et qui plus est je suis en pleine lecture du dernier tome des aventures d’Harry Potter (Harry Potter and the Deathly Hallows). Fan comme je suis, je ne peux m’empêcher de plonger dans les intrigues du plus célèbre sorcier de la planète, d’autant plus que ce tome est passionnant.

 

Mais promis, je ne vous oublie pas, d’ailleurs voici mon article (tant attendu, je l’espère) sur le Japon !

 

Vendredi 27 juillet

                     

Génération désenchantée          

 

Vendredi matin dans les rues de Tokyo. Je profite de ces derniers instants de promenade avant de revenir à mon hôtel et faire mes valises pour une autre destination. Je vais sans doute partir pour le Chili, pays que j’avais déjà visité il y a huit ans.

 

En me promenant non loin de la « Mairie » (siège du Gouvernement local de Tokyo), je croise une personne qui m’a l’air familier. « Tu me reconnais pas ? » me dit-elle. Il faut dire que je n’étais sûr de rien… Mais ce n’est pas possible ! C’est bien elle !

 

Il s’agit bien de Dounia, une amie de lycée, spécialiste du Japon. Du moins, c’est un pays qu’elle connaît très bien puisqu’elle s’y rend régulièrement. En tout cas, l’occasion est trop belle pour avoir son avis sur la jeunesse et la société nipponnes, une jeunesse et une société qu’on a trop souvent tendance à idéaliser.

 

D’Europe, le Japon c’est les mangas, les films d’animations et la haute technologie. Autrement dit, on a une image quelque peu idyllique de l’archipel et de ses habitants. On oublierait presque que l’Empire du soleil levant traverse également une crise et cela est perceptible plus particulièrement dans la jeunesse japonaise. Dès lors, durant mon dîner avec Dounia, je voulais en savoir plus.

 

Quand on parle de la jeunesse japonaise – et à travers les lectures que je fais à ce sujet – je reste quelque peu frappé par des jeunes qui sont quelques peu désenchantés par un pays et les valeurs adoptées. Les jeunes japonais connaissent – à mon sens – une crise de valeurs et d’identité. Ainsi que me l’a décrit Dounia, la jeunesse japonaise est très influencée par le mode de vie à l’Américaine (plus communément connu sous le nom d’American Way of life). En effet, il faudrait rappeler que le Japon fut occupé par l’armée américaine au sortir de la Seconde Guerre mondiale et que l’influence de l’Oncle Sam est très notable et ce, jusqu’au niveau institutionnel. Aussi l’influence américaine est très notable et les jeunes nippons semblent – selon Dounia – plus américanisés que « japonisés ».

 

Toujours est-il que la jeunesse japonaise reste quelque peu désenchantée notamment face à l’avenir. En réalité, la peur du futur n’a jamais été aussi pesante dans la jeunesse japonaise. Le mythe du toyotisme et de l’emploi à vie a bel et bien vécu dans l’archipel et la précarité semble devenir la norme. Qui plus est, Dounia a voulu m’attirer l’attention sur le système éducatif japonais, véritable système à deux vitesses et quelque peu vicieux puisqu’on va même jusqu’à distinguer le niveau de tel ou tel élève suivant l’uniforme de l’école qu’il arbore. Autrement dit, les écoles japonaises se classent en fonction de leur niveau et de leur prestige et l’uniforme scolaire est là pour en témoigner, ce qui facilite les inégalités et un système à deux vitesses.

 

Pour s’en convaincre, il suffit de voir le film Battle Royale ou bien encore le manga animé Great Teacher Onizuka (GTO). En particulier dans Battle Royale, où hormis l’intrigue en elle-même et les scènes d’hémoglobine, il s’agit de mettre en avant des jeunes plus ou moins désenchantés et qui sont exclus de la société. Aussi, la jeunesse japonaise est en pleine mutation, ce qui peut avoir des effets pervers notamment avec le phénomène des suicides collectifs (voir article ci-dessous) qui touchent de plus en plus les jeunes étudiants quand ces derniers ne se contentent pas de vivre comme des ermites.

 

Dès lors, le Japon – et notamment sa jeunesse – est quelque peu complexe et il serait bien réducteur de voir en lui, les mangas et les arts martiaux.

 

A suivre (Prochaine destination : le Chili)

 

Pour aller plus loin :

 
Battle-Royale.jpg

Affiche du film Battle Royale

Je vous conseille de regarder le film Battle Royale (Attention, film interdit aux moins de 16 ans) ainsi que Great Teacher Onizuka (GTO), disponible également en manga. Et en guise de conclusion, je vous reproduis l’intégralité d’un article du Courrier International de mai 2003, consacré aux suicides collectifs.

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Japon, les suicides collectifs de jeunes se multiplent (Article du Courrier International (numéro 656, 28 mai 2003))

JAPON •  Les suicides collectifs de jeunes se multiplient

Depuis février dernier, l'archipel est secoué par une série de suicides collectifs. Leur point commun : les candidats au sacrifice cherchent et rencontrent leurs futurs partenaires sur Internet. L'inquiétude grandit dans toute la société.

En novembre 2002, une étudiante de 19 ans, que nous appellerons Kaoru, a découvert cette annonce laconique sur un forum de discussion d'Internet : "H. recherche partenaires pour mourir avec lui. Habite la banlieue de Tokyo." Plus tôt dans la journée, ses camarades de club de son université lui avaient fait des remarques désobligeantes sur le retard qu'elle avait pris dans la préparation d'un événement dont elle était responsable. Profondément blessée, elle était demeurée sans voix. "Je me suis dit que j'étais vraiment nulle et qu'il ne me restait plus qu'à mourir. Mais je n'avais pas le courage de réfléchir à la manière de m'y prendre. Je souhaitais qu'on m'aide à mourir." En surfant distraitement sur le web, elle est tombée sur l'annonce. A peine avait-elle envoyé le message : "Ça m'intéresse", elle recevait la réponse suivante : "Je suis d'accord".
L'auteur de l'annonce était un jeune homme qui ne lui apprit rien d'autre sur ses motivations que : "Ma vie n'a pas de sens." Ni l'un ni l'autre n'ont cherché à en savoir davantage. Quelques jours plus tard, une lycéenne s'est jointe à leur projet. Des échanges de courriels entre les partenaires se sont succédé pendant un temps : "Il faut que je mette de l'ordre dans mes affaires personnelles", "Quelle quantité de somnifère faut-il prendre pour mourir ?", "Quelle est la manière la plus efficace de se pendre ?" Après s'être partagé la recherche sur le choix de méthodes, ils ont décidé d'opter soit pour l'asphyxie à l'oxyde de carbone, soit pour l'absorption de pesticides. Puis ils se sont donné rendez-vous dans le quartier de Shibuya, à Tokyo, pour fixer le jour fatidique.
Au mois de février, à Irima [au nord de la capitale], un homme de 26 ans et deux jeunes filles, qui avaient répondu à son annonce sur Internet, se sont suicidés en s'asphyxiant aux gaz d'échappement dans une voiture. D'autres tentatives de suicides collectifs ont eu lieu en mars dans les préfectures de Mie, Yamanashi et Tokushima, en avril à Chiba et Saga, en mai à Gunma. Au total 17 personnes, la plupart d'un âge compris entre 20 et 40 ans, ont ainsi mis fin à leurs jours.
Dans le cas de Kaoru, la tentative a échoué. Une fois le projet arrêté, la lycéenne, qui n'avait pas l'habitude de se livrer, a confié à ses partenaires les problèmes relationnels qu'elle avait avec ses amis. Se laissant prendre au jeu, Kaoru a répondu qu'elle éprouvait aussi des difficultés et qu'elle était très influençable. Pendant un certain temps, les trois partenaires ont ainsi échangé des confidences. "Quand elle [la lycéenne] m'a dit qu'elle se sentait soulagée, raconte Kaoru, moi et mon autre partenaire n'avons plus éprouvé le besoin de poursuivre notre projet."
Durant ses années de primaire, Kaoru a souvent été victime de brimades. Au collège, il lui est arrivé de se voir barrer l'accès de la salle de classe par ses camarades, et elle a souvent refusé d'aller à l'école. Elle se souciait toujours de ce qu'on pensait d'elle et, au moindre problème, culpabilisait et se sentait inutile. Sa première tentative de suicide remonte à l'école primaire : elle essaie de se pendre à l'aide d'une corde à sauter. Au collège, elle absorbe une forte dose de somnifères et doit être hospitalisée. Par la suite, elle multiplie les tentatives, allant même jusqu'à se jeter sur la voie ferrée. Quand elle allait mal, elle tapait "suicide" ou "déprime" sur un moteur de recherche de son ordinateur et parcourait des milliers de pages sur les différents sites. En février dernier, quand elle apprend la nouvelle du suicide collectif d'Irima, son coeur se met à battre la chamade. "J'étais partagée entre l'horreur de voir ce qu'il aurait pu m'arriver et le regret de ne pas être morte. C'était très complexe", se souvient-elle.
Mai (il s'agit là encore d'un pseudonyme), 20 ans, fréquente un établissement d'enseignement spécialisé. Il y a deux ans, elle a lu sur le web le message : "C'est triste de mourir seule." Elle a compris que l'auteur était une fille et a répondu : "Quand on est seul, on a du mal à aller jusqu'au bout." Les échanges les ont rendues très proches l'une et l'autre. Ne se sentant pas faites pour vivre en société, elles ont décidé de mourir ensemble. Bien avant cela, Mai avait fait une fugue, mais elle avait été ramenée chez ses parents. Comme elle s'était mise à délirer, on l'avait hospitalisée dans un service psychiatrique. "J'ai continué à penser vaguement mais sérieusement au suicide, indique-t-elle
. Je me disais que, seule, il est difficile de se trancher la gorge profondément, mais qu'à deux on a davantage de chances d'y parvenir."
Depuis son enfance, Mai n'a jamais été très sociable. Même si elle est un moment la coqueluche de ses camarades, elle est aussi victime de brimades. Elle est persuadée que ses parents ne l'aiment pas et préfèrent ses frères.

Après s'être jetée de la terrasse de son école, elle tente à plusieurs reprises de se suicider aux barbituriques. Sans le web, Mai pense qu'elle ne serait pas en vie aujourd'hui. "Il me suffit de lire des textes dénotant le même état que le mien pour me sentir bien. Je suis très heureuse quand quelqu'un accepte l'idée de mourir et me propose un suicide collectif."
"Beaucoup de jeunes n'éprouvent pas de respect pour eux-mêmes", explique la psychiatre Rika Kayama, spécialiste des difficultés des jeunes. "Tout en souffrant d'un profond complexe d'infériorité, ils ont un complexe de supériorité qui les fait se sentir différents des autres. Quand ils prennent conscience de l'écart entre leur idéal et leur véritable moi, ils ressentent un violent rejet d'eux-mêmes et éprouvent le besoin impulsif de se blesser. Derrière ce comportement, il y a le vague espoir de mettre fin à leurs jours. Si certains d'entre eux en arrivent à envisager un suicide collectif, poursuit-elle, c'est peut-être parce que, quand ils partagent pour la première fois les sentiments de désespoir et de solitude des jeunes qu'ils rencontrent sur Internet, ces liens leur apparaissent comme une relation très pure et ils ne peuvent plus prendre de la distance." Les suicides collectifs via le web se succèdent. Pourquoi ce mal de vivre ?

Takuji Yoshizumi
Asahi Shimbun

Bilan

En quelques jours, le nombre d'internautes qui se sont suicidés collectivement depuis le mois de février est passé de 17 à 23. Après un premier groupe de trois jeunes, découverts morts le 21 mai dans les montagnes de Gunma, au nord de Tokyo, la police a trouvé le 24 mai les corps de trois autres jeunes dans un appartement de Kyoto. Dans les deux cas, les enquêtes ont révélé que les suicidés s'étaient rencontrés sur le web. Face à cette multiplication d'annonces sur Internet en vue de trouver des partenaires de suicides collectifs, plusieurs sites de forums de discussions affichent aujourd'hui l'interdiction de publier une telle annonce, sans toutefois avoir la certitude de l'empêcher totalement.



par Gilles publié dans : Carnets d'été 2007
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