Un Janus à deux visages
Jeudi 9 août
Contrairement, à ce qui fut prévu, j’ai décidé de changer ma destination pour remonter tout le continent américain et atterrir ainsi aux Etats-Unis. L’Afrique attendra un peu.
Direction donc New York, la fameuse « Big Apple » et son côté multiculturel. La ville des « Irish-Americans », la ville aux nombreuses nationalités. La ville du gigantisme aussi et de toutes les excentricités : les fameux gratte-ciel à vous faire perdre la tête, ses fameux taxis jaunes, le célèbre Central Park mais aussi ceci :

Depuis le 11 septembre 2001, New-York a une plaie béante. C’est le fameux Ground Zéro, lieu où se dressaient les tours du World Trade Center. A ce titre, j’ai déjà évoqué sur mon blog, mes impressions à propos des attentats de septembre 2001. Toujours est-il que malgré cette tragédie et la peur qui est encore bien présente, les New-Yorkais semblent vouloir aller de l’avant et poursuivent ainsi leur folle existence.
Si, dans un ordre général, je devais décrire les Etats-Unis, je pourrais dire que c’est un véritable Janus ou encore, un pays a deux visages, un peu comme Docteur Jekyll et Mister Hyde. Le docteur Jekyll serait, à mon sens, l’Amérique profonde (« Mainstream America » en anglais), une Amérique bien pensante, plus ou moins manichéenne, plus ou moins conservatrice ou la morale est la norme, une Amérique quelque peu repliée sur elle-même. La série télévisée Seven Heavens (plus connue en France sous le titre Sept à la maison) en est pour moi, le symbole évident.
Quant à Mr Hyde, je verrais sans hésiter New-York incarner un tel personnage. En effet, il n’y a pas si longtemps, New-York, c’était la criminalité, les endroits plus ou moins sombres, etc. Mais New-York, c’est aussi l’ouverture sur le monde, le multiculturalisme, le libéralisme au niveau de la morale, bref, une Amérique qui n’hésite pas à évoquer tous les sujets mêmes les plus tabous. A ce titre, les séries Ally Mc Beal mais également Dawson’s Creek (bien que l’action ne se passe pas dans la Grosse pomme) sont également des symboles.
Pourquoi je vous parle de tout cela ?
C’est qu’à mon sens, les Etats-Unis sont terriblement tiraillés entre une volonté d’exprimer leur liberté, leur ouverture sur le monde et la défense de valeurs – qui pour certaines sont communes aux nôtres – mais aussi un repli sur soi plus ou moins marqué, plus ou moins fort. Si les Etats-Unis ont toujours balancé entre ces deux tendances, il n’en demeure pas moins que le 11 septembre 2001 a changé quelque peu les choses.
En 2004 – peu de temps avant les présidentielles américaines – Christine Ockrent publiait Bush – Kerry : les deux Amériques. Effectivement, il y a bien deux Amériques qui s’affrontent, du moins qui s’opposent. C’est en cela que les Etats-Unis sont un véritable Janus à deux visages. Ce sont deux Amériques qui s’affrontent sur l’image à donner de ce pays. Cette opposition est encore plus vive depuis le 11 septembre 2001 et les terribles attentats de New-York et de Washington. Si à New-York, on se montre volontiers cosmopolite, dans le fin fond du Texas, on n’hésite pas à montrer une vive hostilité envers les immigrés clandestins ou pas. Si à New York, les couples gays et lesbiens s’affichent plus ou moins facilement, dans l’Amérique profonde, ils restent considérés comme l’incarnation du Mal. Enfin, si dans à New-York et dans le reste des côtes Est et Ouest, on se veut ouvert sur le monde pour mieux le comprendre et moins le caricaturer, dans l’Amérique profonde, on croit dur comme fer que les Etats-Unis ont un rôle messianique à jouer pour l’ensemble de l’humanité.
Bon, je caricature un peu. Toujours est-il qu’en voyant ce trou béant que constitue Ground Zero – trou qui se sera comblé par la construction de deux nouvelles tours et d’un mémorial en souvenir des victimes du 11 septembre 2001 – je me dis que comme pour le Chili, l’Amérique est à la croisée des chemins ou plutôt de son destin. Les Etats-Unis ne doivent pas s’engager sur une pente dangereuse, celle du repli et d’une vision plus ou moins manichéenne où on se permettrait de donner les bons points et de rendre les coups à tel ou tel pays sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Les Etats-Unis doivent continuer à faire rêver, à montrer un visage d’ouverture, de multiculturalisme et de tolérance. Un pays où la lutte contre le terrorisme ne se justifie par une restriction des libertés individuelles (le fameux Patriot Act), un pays où l’arrogance ne se traduit pas par une volonté d’imposer au reste du monde son modèle au mépris des cultures. Si les Etats-Unis veulent se montrer orgueilleux, c’est en affichant leur liberté et leurs valeurs fondamentales, celles qui font que les Etats-Unis furent un pays si longtemps respecté.
C’est cette Amérique là dont je rêve. Aussi, quant je quitte
New-York, je me dis que cela reste encore possible. Tout dépendra des prochaines élections de novembre 2008.
A suivre (Prochaine destination : le Togo)
PS : afin de prolonger mes propos, je vous conseille de regarder les films polémiques de Michael Moore tel que Bowling for Columbine et Fahrenheit 9 /11 mais également un autre film September 11 (mais cela j’aurais l’occasion de vous en parler un peu longuement, le 11 septembre prochain)

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