Ah les vacances ! Le temps de retrouver sa famille, ses copains, sa région, sa ville. Grenoble est une ville dynamique et sympa. Pour autant, cela fait du bien de rentrer chez soi. A Paris, plus exactement en banlieue parisienne.
Vous le savez, je suis originaire de Bondy en Seine-Saint-Denis, non loin de Clichy-sous-Bois. Rappellez-vous : il y a tout juste un an, deux jeunes - Zyed et Bouna - sont morts électrocutés dans un transformateur EDF après avoir été poursuivis par des policiers. Puis trois semaines de révoltes urbaines. Alors, un an après : Zyed et Bouna sont-ils morts pour rien ?
Un an après, le constat reste amer. Bien sûr, il nous faut encore du recul mais aussi prendre réellement à bras le corps la question des banlieues. De fait, nos chers responsables politiques ont un défaut majeur : le manque de concertation sérieuse avec les parties intéressées pour toute politique ou mesure les concernant. On avait tout dit à la fin de ce qu'on avait appellé avec inexactitude les "émeutes". Je vous épargnerai l'énonciation des mesures annoncées toujours est-il que le sentiment que rien n'a bougé semble perceptible et visible.
La crise de 2005 a montré une chose cependant : que le désir et la volonté d'une partie de la population d'être Français à part entière reste intact et réel. Fallait-il que les évènements de 2005 soient une crise salutaire pour notre pays ? Malheureusement, c'est seulement lorsque cela va mal que l'on se dit : "ah ! il faudrait peut-être revoir notre manière de procéder !". Au passage, je tiens à vous faire part du commentaire d'un internaute qui avait réagi à un article concernant Nicolas Sarkozy, cet internaute ne comprenant pas pourquoi, je m'attaquais au Ministre de l'Intérieur. En voici un extrait pour le sujet qui nous concerne :
"Bonjour monsieur,
Je ne comprends pas vôtre haine primaire et gratuite envers notre ministre de l'intérieur. Il est selon vous la cause de tous les maux français, mais le malaise ne vient-il pas des français eux-même?
Si les jeunes de banlieue, cause majeure des tensions actuelles, étaient un peu mieux éduqués, un peu plus entourés, nous n'arriverions pas à de telles extrêmités."
Venant moi-même d'une banlieue, je ne peux accepter le fait que les jeunes des cités soient la cause majeure d'un malaise français mais les victimes. Bien sûr, cela ne pardonne rien au fait que l'on brûle des voitures, des bus ou qu'on fasse des expéditions punitives contre les forces de l'ordre. Toujours est-il que lorsqu'un ministre de l'Intérieur annonce trois ans auparavant que la police de proximité est supprimée et qu'il se comporte en shériff plutôt qu'en pacificateur, il y a de quoi se poser des questions. La cité des Tarterêts à Mantes-la-Jolie (78) ou celle d'Orgemont à Epinay sur Seine (93) ne se ressemble pas, pas plus qu'elle ressemble aux beaux quartiers de Neuilly sur Seine (92) ou du Raincy (93). Faire respecter les lois de la République, c'est avant tout intégrer un maximum de gens à celle-ci et se montrer réellement ambitieux. Là où des opportunités ont été manquées, il est temps désormais d'avoir le courage politique de dire : "on efface tout et on recommence !"
Nicolas Sarkozy n'est la cause du mal être des Français pas plus que les jeunes de banlieue. Toujours est-il que ces derniers pour la grande majorité d'entre eux vivent sous le coup de la stigmatisation et de la méconnaissance. Non, la banlieue n'est une zone de non-droit où tout le monde a baissé les bras et profitent des aides de l'Etat ! Non, la banlieue ne se résume pas aux caves et aux tournantes ! Non, la banlieue n'est pas rempli de gens qui passent leur temps à insulter la République et qui veulent n***** la France.
De fait, tout part d'un malentendu. C'est difficile à croire pour certains, mais les jeunes de banlieues ne sont pas des êtres sanguinaires menaçant le pays. Je dis cela car on avait tellement extrapôlé lors des évènements de 2005 à tel point qu'un candidait à la présidentielle - franchement catho et anti-homo, cela devrait vous aider - avait préconisé l'intervention de l'armée pour en finir les révoltes. Je passe de commentaires sur cette "brillante" idée !
Aujourd'hui, les Mohammed, Jean-Louis, Farid, Naïma et les autres veulent conquérir la place qu'ils méritent. L'école républicaine n'a de fait pas respecté ses promesses. On scande "Liberté, égalité, fraternité" sur les pantons des mairies et batiments administratifs. Mais bon dieu, que cela soit une réalité ! La banlieue n'est vue de que l'extérieur d'une seule image et il est temps de la considérer autrement. Après tout, c'est la France et non l'Afrique (référence à une conversation : mon interlocutrice m'avait rapporté les propos d'une conseillère municipale UMP de Bondy qui avait déclaré à propos d'un quartier de la ville "Bondy nord, c'est l'Afrique"!) Si, rien n'est fait dans les anneés qui suivront, alors effectivement, Zyed et Bouna seront morts pour rien. Faudra-t-il que la France se déchire pour qu'enfin on ait un courage politique ? Bomber le torse et jouer les shériffs provocateurs n'est pas une solution surtout si par la suite, on se fait l'économie de venir en banlieue depuis... un an, justement ! Il est grand temps de bouleverser les mentalités et d'attaquer aux racines. Vous me direz : "quel idéaliste !" Ben moi, sans idéal, je ne vois pourquoi je militerais dans un parti ou une association. Aussi, il est grand temps que le courage politique prenne le dessus afin que la République soit réelle en banlieue et que cette dernière reconnaisse TOUS ses enfants - et non à l'occasion d'une Coupe du monde, si vous voyez ce que je veux dire !
PS : Je ne sais pas si j'ai été clair dans mes propos, d'autant plus que la banlieue me tient à coeur pour des raisons évidentes. Aussi, je dédie cet article à Zyed et Bouna pour qu'à l'avenir leur mort ne soit pas vaine.

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