Edouard Balladur s'en va. A 77 ans, l'ancien Premier ministre quitte la scène politique après près de 40 ans dans les rouages de l'Etat.
Edouard Balladur, ancien Premier ministre (1993-1995)
A 77 ans donc, le maître à penser de Nicolas Sarkozy considère désormais qu'il est temps de passer le témoin, chose qu'il a déjà fait puisqu'il a désigné Phillipe Goujon - actuel sénateur UMP de Paris - comme son successeur à son siège de député de la 12° circonscription de la capitale a l'occasion des prochaines législatives.
De fait, Edouard Balladur, symbole d'une droite hégémonique en 1993 - à cette époque, le RPR [ancêtre de l'UMP] avait remporté de façon écrasante les législatives contraignant le chef de l'Etat François Mitterrand à former un second gouvernement de cohabitation - semble quitter la vie politique avec une certaine amertume : celle d'avoir échoué lors de la présidentielle de 1995.
En effet, fin 1994, si on l'en croit les sondages, l'Elysée semblait promis à Balladur, forte de sa politique populaire tout comme sa personnalité. C'était sans compter sur son "ami de trente ans", un certain... Jacques Chirac. Ce dernier n'avait pas hésité à voler la vedette à l'ancien Premier ministre quitte à diviser la droite républicaine et en distinguant sur une promesse en vogue alors : réduire la "fracture sociale". La suite on la connait : Balladur avait été séchemment battu au premier tour en n'obtentant que 18,5% des suffrages face à Jacques Chirac (20%) et le socialiste Lionel Jospin (23,4%).
A mon sens, Balladur ne s'est pas tellement remis de cette trahison chiraquienne. Il a tout simplement manqué de clairvoyance car n'oublions pas qu'en 1995, Jacques Chirac était à la tête d'un parti puissant, véritable tremplin pour l'Elysée alors qu'en même temps il n'était que simple maire de Paris. Ceux qui ont soutenu Balladur - croyant à un Chirac fini - ont commis dès lors, une erreur politique lourde faisant ainsi dire à l'actuel président de la République de manière ironique : "je pardonne mais j'ai de la mémoire!".
Balladur et ses partisans - parmi lesquels un certain... Nicolas Sarkozy - ont payé cher leur choix de 1995 et la fracture entre chiraquiens et balladuriens est encore visible aujourd'hui sous une autre forme. Car derrière l'apparente unité affichée de l'UMP, les héritiers de Chirac [les villépinstes] et ceux de Balladur [les sarkozystes] s'affrontent bel et bien et 2007 approchant, on assiste à une "lutte finale" à distance entre les deux amis de trente ans.
Aussi, la retraite de Balladur à valeur de message, si j'en crois le sénateur Goujon : le départ de Balladur est "une réaction d'homme d'Etat, le contraire de celui qui s'accroche à son siège envers et contre tout". Une gentille pique à son "ami" Chirac qui, rappelons-le, aura 74 ans fin novembre prochain et qui ne semble toujours pas s'être fixé sur son avenir en 2007. A ce titre, Balladur entend désormais reprendre sa revanche et il espère bien que son ,jeune poulain Sarkozy satisfasse ses voeux. "C'est la lutte finale...", et cela promet à droite.

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