En guise de prolongement
et d’épilogue à l’article précédent, je vous invite l’article écrit par Thomas Vallières dans l’hebdomadaire Marianne de la semaine du 28 juillet au 3 août 2007, un article toujours
d’actualité ! Bonne lecture !
Gilles
Les droits de l’homme
disaient-ils
Le colonel Kadhafi et Nicolas Sarkozy en juillet 2007 en Libye. Pendant
la campagne électorale présidentielle, Ségolène Royal demandait qu’on interdise à l’Iran l’accès au nucléaire, même civil. Elle avait tort.
Nicolas Sarkozy, lui, vient de signer avec le dictateur libyen Kadhafi, qui, lui aussi, refuse l’existence
d’Israël, un accord pour lui faciliter l’accès au nucléaire civil. Triple ban !
Donc on est prêt à faire la guerre à l’un pour l’empêcher d’obtenir ce qu’on accorde généreusement à
l’autre. Magnifique leçon de morale politique.
Accessoirement, Serge Dassault est assuré, lui, de pouvoir
vendre à la Libye, enrichie par la flambée des cours du pétrole, des avions de combat et
peut-être même, qui sait, ces fameux Rafale dont personne n’a voulu jusqu’à présent.
Or, que reprochait-on à Jacques
Chirac ? Que lui reprochait, surtout ce bataillon d’intellectuels droits-de-l’hommistes et apparemment angéliques qui a soutenu d’enthousiasme la guerre d’Irak de Bush avant de se rallier
comme un seul homme à Nicolas Sarkozy ? D’avoir, le cynique, homme, sans foi ni loi, vendu des armes à l’Irak de Saddam Hussein et refusé, ensuite, de joindre à l’opération militaire
destinée à abattre l’affreux tyran. Mais en quoi Kadhafi, nationaliste panarabe antisioniste comme l’autre, ex-fourrier du terrorisme international (ce que l’autre ne fut sans doute même pas),
est-il moins tyrannique que Saddam ? Son régime moins totalitaire que celui du Baas ? En quoi ? Même omniprésence du chef à vie, même culte fou de la personnalité, même façon de
chauffer à blanc les passions populaires, alors ?
Qu’on nous entende bien : nous nous réjouissons de la libération des infirmières bulgares, fût-elle cher payée, car nous avons jamais donné, nous,
dans l’angélisme droits-de-l’hommiste exalté qui constitue, trop souvent, un paravent d’hyprocrisie derrière lequel se cachent les pires visées néo-impérialistes ou néocolonialistes. On
excommunie la Syrie de Bachar al-Assad, bravo, mais on ne refuse rien à l’Arabie saoudite, l’Etat le plus totalitaire et le plus intégriste du monde avec la Corée du Nord. On montre du doigt la
Birmanie, et on a raison, mais on fait ami-ami avec le dictateur tunisien Ben Ali, l’homme aux 100% de suffrages, auquel d’ailleurs Sarkozy vient, à son tour, de tresser des couronnes de laurier.
Qui reçoit-on à l’Elysée, toutes affaires cessantes, après l’élection présidentielle ? Ces grands démocrates que sont le Gabonais Bongo et l’émir du Qatar (et pour cause). Le président
camerounais Biya vient de se faire reconduire au pouvoir – à vie ? – grâce à des élections grotesques tant elles ont été manipulées : on ne réagit même pas ! Chaque jour, des
civils innocents sont tués en Afghanistan par les avions de l’Otan : pas un mot ! L’Italie, l’Allemagne, le Danemark, ou même le Canada font part de leur émotion : pas nous !
Les mêmes qui diabolisent Hugo Chavez, jusqu’ici, tout compte fait, plus démocrate que l’Egyptien Moubarak, le général pakistanais honni par les siens un défenseur du monde
libre.
Donc nous n’avons jamais été de ceux qui exigent qu’on camoufle la « Realpolitik », fondée sur les rapports de force et les intérêts nationaux, en
conte enfantin pour Bibliothèque rose. Ainsi, estimons-nous que, pour empêcher absolument l’Iran de se doter d’une arme nucléaire, il fallait permettre et accompagner, en contrôlant le processus,
son accession légitime au nucléaire civil.
Mais, en revanche, que nous ont expliqué
les André Glucksmann, les Pascal Bruckner, les Bernard Kouchner et tutti quanti ? Qu’ils se ralliaient à Sarkozy parce que lui, au moins (il en avait fait le serment !), romprait avec
le réalisme sans principes de Chirac, n’irait pas serrer la main à Vladimir Poutine et mettrait toute la diplomatie de la France au service des droits de l’homme.
Eh bien on a vu. On serre la main de Poutine, on l’étreint même, on découvre qu’il serait suicidaire de couper
les ponts avec une Russie en pleine croissance, débordante de ressources gazières, dont le poids géopolitique ne cesse de se renforcer et dotée, en prime, d’un chef d’Etat qui ressemble
furieusement à notre guide à nous. On multiplie les avances en direction de la Chine, sans trop se soucier de la nature de son régime attentatoire aux libertés publiques. On renoue avec la Syrie
et, pour obtenir la libération des otages bulgares, on se couche devant le dictateur Kadhafi.
Nous n’entendons nullement faire le procès de
cette politique…qui fut celle de tous les prédécesseurs de Sarkozy (et dont Mitterrand ne s’écarta que de façon très éphémère). Nous faisons simplement remarquer qu’elle va radicalement,
brutalement, à l’encontre des convictions, des professions de foi, des discours enflammés de ceux qui nous vendirent la révolution morale sarkozyenne. Et qui ne réagissent pas. Honteux ?
Même pas.
De toute façon, et c’est la question que nous
entendons aborder frontalement et sans tabous la semaine prochaine (l’actualité nous en ayant empêchés cette semaine), notre propre évolution vers un pouvoir de plus en plus personnel, et assez
peu républicain, ne nous met pas forcément en situation de donner des leçons en la matière.
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