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Jeudi 27 décembre 2007

En guise de post-scriptum, j’ai voulu mettre en ligne un article rédigé par Benazir Bhutto, le 4 septembre dernier dans Le Monde, article traduit de l’anglais par Gilles Berton.

 

La défunte Premier ministre et chef de file de son parti à l’occasion des législatives pakistanaises y exposait sa vision du Pakistan et exprimait tout l’intérêt qu’il y avait pour son pays d’entrer véritablement dans un processus démocratique. En toute liberté de ton et de pensée.

 

C’est en tout cas, le message d’une femme libre et non intimidée.

 

Gilles

 

Pakistan, le moment de vérité, par Benazir Bhutto (traduit de l’anglais par Gilles Berton)

 

abhutto1.jpg Benazir Bhutto. "Il y a dans l'histoire des moments décisifs qui marquent une nouvelle orientation. La guerre de Sécession a représenté un de ces moments pour les Etats-Unis. L'Allemagne et l'Union européenne en ont connu un autre avec la chute du mur de Berlin. Aujourd'hui, c'est le Pakistan qui est confronté à son moment de vérité. Les décisions qui sont prises aujourd'hui détermineront s'il est possible ou non d'endiguer l'extrémisme et le terrorisme au Pakistan et d'éviter au pays de s'effondrer. Et ce n'est pas la stabilité du seul Pakistan qui est en jeu, mais celle de l'ensemble du monde civilisé.

Dans le Pakistan démocratique, les mouvements extrémistes ont toujours été très minoritaires. Dans toutes les élections démocratiques organisées dans mon pays, les partis religieux extrémistes n'ont jamais rassemblé plus de 11 % des voix. Dans un contexte démocratique, l'extrémisme a toujours été marginalisé par le peuple pakistanais. En revanche, à chaque période de dictature - notamment sous la dictature militaire du général Zia-ul-Haq dans les années 1980, mais malheureusement aussi sous celle du général Musharraf depuis une dizaine d'années -, l'extrémisme religieux a pu prendre pied dans mon pays.

Que cela soit dû au fait que les dirigeants comme le général Zia ont manipulé et exploité la religion pour servir leurs propres objectifs politiques, ou au fait que la dictature suscite par elle-même des sentiments de dépossession et de désespoir, il demeure que l'extrémisme représente aujourd'hui une menace pour mon pays, pour la région et pour le monde. Ces extrémistes constituent la boîte de Pétri du terrorisme international. Cela n'a rien de fatal. La tendance doit être inversée, et il est possible d'y parvenir.

bhu0-004.jpg

Lors de mes deux mandats comme premier ministre, mon gouvernement a imposé l'autorité de la loi dans toutes les régions du Pakistan - aussi bien dans nos quatre provinces que dans les régions tribales administrées au niveau fédéral, y compris le Waziristan. Avec le soutien de la population de ces régions tribales, nous avons été en mesure de démanteler un cartel international de trafiquants de drogue qui opérait en toute impunité sous la dictature. Aujourd'hui, pourtant, les barons internationaux de la drogue ont laissé la place aux extrémistes religieux et aux terroristes. Les déclarant ingouvernables, l'actuel gouvernement a cédé de larges portions de notre pays aux forces qui soutiennent les talibans et Al-Qaida. Je pense que ces régions sont gouvernables et qu'un gouvernement démocratique démontrerait qu'il est plus à même d'y rétablir l'autorité de l'Etat.

Nous devons faire preuve de réalisme quant à l'histoire du Pakistan et de sa réalité politique. Dans un monde parfait, les militaires ne joueraient sans doute aucun rôle politique. Or le Pakistan est loin d'être parfait à cet égard. Les forces de sécurité pakistanaises agissent depuis des années comme une institution politique, qu'elles dirigent le pays en plaçant des généraux à sa tête, ou qu'elles le fassent indirectement en manipulant, voire en destituant des gouvernements démocratiques.

Je sais que certains ont été surpris d'apprendre que j'avais négocié une transition vers la démocratie et discuté de l'avenir du pays avec le général Musharraf. Le Pakistan est aujourd'hui confronté à une polarisation opposant démocratie et dictature, et la bataille pour emporter l'adhésion populaire se traduit dans la lutte entre modérés et extrémistes.

arton6409.jpg Benazir Bhutto et l'actuel président pakistanais, Pervez Musharraf. Concernant la dictature, il ne peut y avoir aucun compromis. Le Parlement doit être l'instance suprême. J'ai dit au général Musharraf que le Parti du peuple pakistanais soutient la Constitution du Pakistan, laquelle interdit que la présidence échoie à un militaire et exige que le président soit un civil désigné par le Parlement et les assemblées provinciales du pays.

Edictée par les militaires, l'interdiction faite à un premier ministre élu deux fois de briguer un troisième mandat ne figure ni dans la Constitution pakistanaise ni dans celle d'aucune autre démocratie, et doit être abolie. L'immunité doit être garantie à tous les députés et responsables publics élus avant le coup d'Etat militaire de 1999 qui ont été inculpés pour des raisons politiques. Tous les partis et tous les dirigeants de parti doivent avoir le droit de participer librement aux élections. Un gouvernement provisoire neutre, respectueux de notre Constitution, doit être mis en place pour gérer le pays jusqu'aux élections, et une commission électorale neutre et indépendante, représentant l'ensemble des partis, doit être constituée.

Les registres électoraux ne doivent être l'objet d'aucune manipulation politique. Le scrutin doit être transparent, le comptage des voix exempt de toute intervention politique, et le processus électoral dans son ensemble surveillé par des observateurs internationaux en mesure de garantir son honnêteté et sa validité.

Pourtant, des élections libres et équitables ne suffiront pas à résoudre les problèmes du Pakistan. Nous devons mettre en place une gouvernance libre, équitable et efficace, ce qui suppose que toutes les forces responsables et modérées du pays se mobilisent afin de travailler dans la même direction et dans le même esprit.

Le général Musharraf continue de bénéficier du soutien de la communauté internationale et des forces armées pakistanaises. Ce soutien ne peut cependant pas se substituer à la volonté du peuple qui se trouve privé de pouvoir et désenchanté. La montée du chômage et de la pauvreté montre à l'évidence que sans démocratie les besoins de la population ne peuvent être satisfaits. Je suis convaincue que si l'on ne rend pas sa voix au peuple à travers des élections libres, les extrémistes continueront à exploiter le mécontentement à leur profit. Chaque mois, les madrasas politiques distribuent de l'argent, de la nourriture et des vêtements aux familles déshéritées. A moins que le gouvernement ne prenne des mesures pour combler ce vide, les extrémistes continueront à exploiter la situation et à étendre leur influence dans le pays.

J'estime qu'on ne peut transiger sur le plan de la modération, et que démocratie et modération marchent main dans la main. Comme beaucoup de Pakistanais, je suis peinée de voir que certaines régions du pays situées dans les zones tribales ont été cédées aux terroristes. Certains soutiennent que grâce à des cessez-le-feu et à des accords de paix, il est possible de ramener les terroristes dans le débat national et de les modérer. Or l'expérience pakistanaise prouve qu'il n'en est rien. Chaque cessez-le-feu, chaque accord de paix n'a fait qu'enhardir les activistes et les terroristes. Cela a été démontré de manière éclatante lors du siège de la mosquée Rouge d'Islamabad cet été.

Les militants retranchés dans cette madrasa politique se sont mutinés et ont tenté de faire prévaloir leurs propres lois sur les lois de mon pays et de ma Constitution. Ils ont kidnappé des femmes et des responsables de la police. Ils ont intimidé et fermé des boutiques distribuant des produits de loisirs. Leurs patrouilles de vigiles terrorisaient les femmes au volant des voitures dans la capitale. Six longs mois de négociations n'ont débouché sur aucun accord et une bataille sanglante a éclaté lorsque l'armée a voulu reprendre le contrôle de la mosquée. Il y eut plus d'une centaine de morts, parmi lesquels, hélas, plusieurs femmes.

2-G-actubenazirbhutto.jpg L'épisode de la mosquée Rouge a montré qu'aucun accord n'était possible avec les fanatiques religieux qui entendent diriger notre pays comme ils gèrent les madrasas politiques. Cela est inacceptable. Les militants extrémistes doivent comprendre que la Constitution et les lois pakistanaises n'autorisent pas des milices privées à appliquer leurs propres lois en violation de la Constitution du pays. Tous les modérés doivent s'unir pour contrer l'extrémisme. Une telle union doit découler de l'expression de la libre volonté du peuple dont les ancêtres créèrent l'Etat indépendant du Pakistan en 1947 au terme d'une lutte politique menée au nom de la démocratie. Je pense que nous sommes capables de diriger un tel gouvernement et un tel mouvement national.

Le Pakistan se trouve à la croisée des chemins. Notre succès pourrait signaler au milliard de musulmans de par le monde que l'islam, qui accorde une grande importance à la concertation, est compatible avec la démocratie, la modernité et la modération. Je retournerai au Pakistan cet automne, consciente que des jours difficiles s'annoncent. Mais je fais confiance au peuple et place mon destin entre les mains de Dieu. Je n'ai pas peur. Oui, nous sommes à un tournant, mais je sais que le temps, la justice et les forces de l'histoire sont de notre côté".

par Gilles publié dans : International
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Jeudi 27 décembre 2007

Benazir-Bhutto.jpg L'ancienne Premier ministre pakistanaise et leader du Parti du peuple pakistanais, Benazir Bhutto tuée dans un attentat-suicide aujourd'hui. (www.liberation.fr) Je viens d’apprendre le décès de Benazir Bhutto, tuée peu de temps après l’attentat suicide qui la visait lors d’un meeting dans la banlieue d’Islamabad à l’occasion des prochaines législatives qui doivent avoir lieu dans environ deux semaines (le 8 janvier exactement).

 

Je reste quelque peu surpris et peiné à l’annonce de cette effroyable nouvelle. L’ancienne premier ministre du Pakistan (1988 – 1990 puis 1993 – 1996) avait du à plusieurs reprises quitter son pays pour vivre en exil notamment au Royaume-Uni à Londres. Malgré tout, elle avait accepté de revenir une nouvelle fois dans sa patrie afin de sortir le Pakistan d’une très forte instabilité politique.

 

C’est bien évidemment un acte odieux et lâche et je ne peux que pester envers ceux qui se sont pris à une femme de courage et de conviction dont le but n’était de que sauvegarder la démocratie par rapport aux milieux islamistes particulièrement puissants dans cette ancienne colonie britannique. Benazir Bhutto incarnait un espoir pour ce pays en proie à une instabilité chronique notamment depuis le 11 septembre 2001.

 

La mort de Bhutto est une mauvaise nouvelle pour la communauté internationale, cela ne fait aucun doute, malheureusement. Aussi, on attend les conséquences d’un tel acte qui ne peut que remettre en cause le chemin vers une démocratisation de plus en plus hypothétique. 

Photo-Pakistan-Bhutto.jpg

Réaction d'un partisan de Benazir Bhutto à l'annonce de sa mort (www.liberation.fr)

 

Dès lors, à qui profite le crime ? Au président Pervez Musharraf qui a longtemps tenu le Pakistan d’une main de fer lorsqu’il était général, il n’y a pas si longtemps ? Ou aux islamistes qui n’ont jamais digéré le fait qu’une femme puisse devenir la première à accéder au poste de Premier ministre dans un pays musulman et qui surtout s’est ouvertement opposée à ces derniers ?

 

La mort de Benazir Bhutto est très fâcheuse pour le Pakistan et pour le Moyen-Orient par extension. La défunte Premier ministre écrivait le 4 septembre dernier dans Le Monde ceci : « Le Pakistan se trouve à la croisée des chemins. Notre succès pourrait signaler au milliard de musulmans de par le monde que l'islam, qui accorde une grande importance à la concertation, est compatible avec la démocratie, la modernité et la modération. Je retournerai au Pakistan cet automne, consciente que des jours difficiles s'annoncent. Mais je fais confiance au peuple et place mon destin entre les mains de Dieu. Je n'ai pas peur. Oui, nous sommes à un tournant, mais je sais que le temps, la justice et les forces de l'histoire sont de notre côté ».

 

C’est clair. Le Pakistan est entré dans un tournant de son histoire.
par Gilles publié dans : International
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Jeudi 27 décembre 2007

Banni--re-Actupol-3.JPG

Ouf ! Après des semaines de jachère – faute de temps – et de casse-tête, j’ai enfin pu créer un forum politique.

 

L’idée est simple :

 

Vous souhaitez discuter entre vous et prolonger le débat ? Rien de plus facile en participant à ACTUPOL : le forum, prolongement de mon blog politique.

 

Vous trouverez entre autres des débats permanents et vous pourrez agir à l’actualité politique et internationale.

 

Pour cela, cliquez sur le lien suivant : http://actupol-leforum.1fr1.net, enregistrez-vous, acceptez la Charte d’utilisation et laissez-vous guider !

 

Bon forum !

 

Gilles
par Gilles publié dans : Le fil rouge
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