C’était il y a bientôt vingt ans. Juste avant le déclenchement de la Guerre du Golfe, en janvier 1991, le ministre de la Défense du gouvernement Rocard, un certain Jean-Pierre Chevènement, a démissionné avec éclat de son poste afin de protester contre la décision de la France de participer à la coalition menée par les Etats-Unis devant libérer le Koweit de l’Iraq de feu Saddam Hussein. Il avait alors déclaré ceci : « un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ! »
Rama Yade, actuelle secrétaire d'Etat chargée des Sports. Depuis, cette petite phrase fait partie des annales et tout dernièrement –
c’est-à-dire pas plus tard que ce dimanche – Nadine Morano l’a remise au goût du jour à propos de sa collègue en charge des Sports, Rama Yade. Ainsi, l’actuelle secrétaire d’Etat chargée de la
Famille a déclaré que si on n’était pas d’accord avec la politique d’un gouvernement, « on se tait ou on s’en va ! ».
Ces propos interviennent alors que Rama Yade semble marquer sa différence au sein du gouvernement Fillon mais aussi au sein même de l’UMP. Ainsi, s’est-elle opposée à un amendement supprimant les privilèges fiscaux des sportifs contre l’avis favorable de sa ministre de tutelle, Roselyne Bachelot. Qui plus est, elle semble rechigner à être numéro deux dans le Val d’Oise pour les Régionales en Ile-de-France alors qu’elle souhaite poursuivre son implantation dans les Hauts-de-Seine et tout particulièrement à Colombes où elle est conseillère municipale d’opposition.
Une attitude qui semble agacer ses amis politiques et collègues du gouvernement. Ainsi, Dominique Paillé, le porte-parole de l’UMP, lui suggère de la jouer collectif (autrement dit, qu’elle se tienne à tranquille) et Nadine Morano lui demande de se montrer solidaire de la politique gouvernementale (autrement dit, qu’elle se tienne à carreaux !). Car depuis un certain temps, celle qui était présentée comme le symbole tous azimuts de la politique d’ouverture menée par Nicolas Sarkozy semble devenir un véritable casse-tête pour la majorité.
En effet, Rama Yade ne semble pas avoir sa langue dans sa poche et n’hésite pas à dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : ainsi, elle avait mis en garde la majorité des effets négatifs que pouvaient donner l’affaire Jean Sarkozy au sein de l’opinion publique avant qu’elle soit contraindre de mettre de l’eau dans son vin. Une position malgré tout courageuse et beaucoup plus intelligente que la rédaction de Fadela Amara qui conseillait au rejeton du président de la République de saisir la HALDE[1] ! Qui plus est, elle fait beaucoup moins plante verte qu’elle en a l’air. Ainsi, n’a-telle pas refusé d’être tête de liste aux Européennes afin de rester dans le gouvernement provoquant ainsi l’agacement de Nicolas Sarkozy qui en avait profité pour supprimer son secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme pour la recaser aux Sports.
Le cas Rama Yade est assez révélateur de la façon dont l’UMP considère ses cadres et le gouvernement ses membres. Pour ces derniers, jouer collectif, cela revient à soutenir le président de la République sans se poser la moindre question, quitte à se montrer de plus en plus ridicule aux yeux des Français. Sans doute, Rama Yade est-elle consciente du fossé qui sépare les Français du pouvoir et de la défiance qui ne cesse de grandir au sein de la population. Pour l’UMP et le ministère Fillon, Yade n’a d’utilité que dans la mesure où elle sert de vitrine visant à promouvoir une soi-disant ouverture à l’encontre des minorités visibles du moment que l’intéressée se contente de sourire et surtout à jouer les benêts oui-oui.
Rama Yade en compagnie de Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la famille (www.nouvelobs.com)
Et c’est là que le bas blesse, à partir du moment où Rama Yade s’émancipe, elle dit qui semble considérer que solidarité gouvernementale ne signifie pas forcément avaler des couleuvres et en faire avaler aux Français. En clair, être loyale tout en gardant sa liberté de parole. Jusqu’ici, elle semble avoir été épargnée par Nicolas Sarkozy moins par ses réalisations mais beaucoup plus en raison de sa popularité. Mais, lorsqu’on voit les chiennes de gardes et autres portes-flingues de la majorité tirer à boulets rouges sur l’actuelle secrétaire d’Etat aux Sports, on ne saurait que lui conseiller de se méfier ! Car un remaniement et surtout une éjection est si vite arrivé !
A moins qu’elle préfère fermer sa gueule et se contenter de réciter la bonne parole sarkozyste !
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