Nous sommes aujourd'hui le 29 mai. Pour certains, c'est un jour comme un autre. Pour les socialistes, c'est le jour où se tient un meeting au
Zénith de Paris avec tous les candidats franciliens pour les législatives en présence de Ségolène Royal. Mais le 29 mai, c'est aussi la date anniversaire du rejet par la France du Traité
Etablissant une Constitution pour l'Europe, autrement dit des lustres. Mais ce n'est pas que cela. Le 29 mai, c'est aussi une date historique.
Le 29 mai, c'est aussi le jour où les Turcs se sont emparés de Constantinople en 1453. Constantinople est plus connue sous le nom d'Istanbul et Istanbul est la capitale économique de la Turquie.
Et il se trouve que la Turquie veut adhérer à l'Union européenne.
Et voilà que la France a choisi un nouveau président en la personne de Nicolas Sarkozy. Ce dernier s'était juré durant la campagne présidentielle de mettre immédiatement un terme aux négociations
avec la Turquie dès son arrivée en fonctions. Toutefois, il semble qu'il cherche à temporiser. Peut-être aussi qu'il est rendu compte que les discours politiques n'ont pas forcément leurs
traductions politiques dans la réalité.
Aussi, selon le Figaro - hé oui ! Je lis aussi la presse de mes adversaires ! - le président de la République donne six mois de répit à
Ankara. C'est donc reculer pour mieux sauter ? En fait, c'est quelque peu stratégique puisque le chef de l'Etat sait qu'il joue en terrain miné. C'est lors d'une conférence sur les frontières
qu'il entend organiser que la France exposera explicitement le fait que la Turquie ne fait pas et ne fera pas partie de l'Europe.
A mon sens, et je l'ai assez répété sur ce blog, je suis partisan de la candidature turque à l'Union européenne. Nous avons trop fait attendre et fait trop de promesses à la Turquie dans un
contexte où on était bien content de la position stratégique de cette dernière du temps de la Guerre Froide. L'entrée de la Turquie marquerait un pas décisif pour l'avenir de l'Union. Non,
monsieur Giscard ! L'Europe, comme vous l'avez honteusement dit, n'est pas un club chrétien.

De fait, c'est bien la question de la religion qui est posée en filigrane. Oui, la Turquie est de confession musulmane. Et alors ? Il en est de même pour la Bosnie-Herzégovine ou l'Albanie, deux
pays situés en plein coeur de la Péninsule balkanique. C'est donc la question de la religion qui est posée en filigrane et c'est un vecteur de peur chez la plupart de nos concitoyens qui
rejettent l'entrée de la Turquie dans l'Union pour cette raison justement.
Alors Nicolas Sarkozy cherche la parade et propose une Union méditerranéenne, sorte de lot de consolation, à la Turquie et son Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Croyez-vous vraiment que
les Turcs vont accepter ce joli cadeau empoisonné ? En aucune façon ! Cela serait une façon de leur dire : "bon, vous ne jouez pas dans la cour des grands mais vous serez les boss du bac à sable
!"
Toujours est-il que Nicolas Sarkozy est sans doute amené à fléchir sur la question turque. Car, dire que la Turquie n'est pas européenne, c'est une chose et cela fait toujours plaisir à
turcophobes. Mais la realpolitik, c'est autre chose et la realpolitik veut que les relations franco-turques soient fructueuses notamment sur le plan économique. Nous profitons largement de
l'union douanière avec la Turquie, d'ailleurs nous avons de nombreux intérêts en Turquie - notamment avec Carrefour, Renault ou bien encore BNP Paribas. Si Nicolas Sarkozy va jusqu'au bout de sa
logique, il prend le risque de nous faire perdre des marchés dans un pays en plein boum économique.
Enfin, comme le disait Pierre Moscovici, le 7 mars dernier lors d'une conférence qu'il a donné à Sciences Po Grenoble, je préfère avoir une Turquie qui soit arrimée à l'Europe que tentée par le
fondamentalisme religieux dans un monde de plus en plus incertain. Aussi, il faut prendre le pari de la Turquie, une Turquie qui se bat afin de rapprocher toujours un peu plus de nos valeurs et
ce, sous influence de la France qu'elle estime et qu'elle a toujours estimé. Cela passe par une certaine vérité. Vérité à propos de la Turquie, notamment. Aussi, il serait plus sage pour le chef
de l'Etat de laisser les négociations d'adhésion avec la Turquie mener à son terme, il en va de l'image de la France en Europe, et en Turquie - une image qui se détériore de jour en jour à mesure
que la France se montre de plus en plus arrogante. De toute façon, la Constitution a désormais prévu que toute adhésion future à l'Union, une consultation référendaire devra obligatoirement être
tenue. Comme le président est garant de la Constitution, il se doit de la respecter.
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