Depuis le 16 mai, on voit Nicolas Sarkozy partout (Bon, en même temps c’est normal, il est président de la République !). Il est à la télé, à la radio, en déplacement par ici, en déplacement par là ! Il reçoit les syndicats d’enseignants, les syndicats d’étudiants… bref, il est partout ! Enfin quelqu’un aux manettes, cela fait plaisir ! On en oublierait presque qu’il existe un Premier ministre en France.
Et pourtant – au risque de surprendre plus d’un – il existe bel et bien ! D’ailleurs le voici :
Il s’appelle François Fillon. Vous savez le Premier ministre désigné par le président de la République le 16 mai dernier. En temps normal, c’est lui qui se charge de la politique de la Nation comme le prévoit l’article 20 de notre chère constitution. En temps normal, je précise parce que là, on peut se demander de l’utilité de Fillon.
Alors du côté de la majorité, on nous dit que Fillon n’est pas hors-jeu et que son discours de politique générale, prévu pour le 3 juillet prochain, en surprendra plus d’un. Bon, on attend voir car Dieu sait qu’à cet exercice là, pas mal de locataires de Matignon s’y sont cassés les dents. Bref, du côté de la majorité, on nous jure que l’ancien sénateur de la Sarthe est utile. Toutefois, n’est-ce pas celui qui se déclarait comme étant le co-pilote de Sarkozy, se félicitant ainsi de la remise en cause d’un exécutif à deux têtes, si chère à notre démocratie. Et pour enfoncer le clou, un membre de la majorité avait déclaré lors de la réunion du bureau politique de l’UMP en début de semaine : « Sachant ce qui se murmure sur son compte, il a pris la parole pour nous expliquer à quel point il était satisfaisant de travailler ainsi au service du grand patron. Il assure que tout fonctionne comme prévu. Ben voyons. » (in Libération du 28 juin 2007).
Aussi à quoi sert Fillon ? Au mieux de porte-parole (ou de « co-pilote » comme il s’est lui-même décrit), au pire de laquais. Le Premier ministre nous jure sa joie de pouvoir travailler avec le Président de la République. En réalité, Nicolas Sarkozy affiche une telle indifférence et une telle défiance envers l’ancien ministre des affaires sociales du gouvernement Raffarin (2002 – 2004). Pour preuve, Nicolas Sarkozy veut être partout et se mêle de tout, étant finalement beaucoup plus encombrant que prévu. D’ailleurs, ce n’est pas faute d’avoir prévenu !
Lors de ses vœux à la presse, en janvier 2006, Nicolas Sarkozy, alors ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire avait présenté le prototype de ce qui serait sa présidence de la République. A ce titre, Libération avait titré de façon ironique, « L’Etat, ça sera moi ! ». Tel est le cas aujourd’hui. Nicolas Sarkozy ne respecte rien et réduit le Premier ministre à un simple rôle de chambellan. Dans les faits, François Fillon est virtuellement supprimé.
Alors l’ancien ministre des Affaires sociales, séguiniste à ses débuts, puis chiraquien en 1995 et enfin sarkozyste en 2005 (non pas par convictions mais bien par opportunisme et comme pour se venger de Chirac après que ce dernier l’ait remercié pour sa réforme avortée du BAC qui, à cette occasion, a mis à la rue des milliers de lycéens) veut se persuader que le temps de Matignon succédera à celui de l’Elysée, notamment en ce qui concerne la Défense et les Affaires étrangères, qui sont actuellement les domaines réservés du chef de l’Etat. Mais à mon sens, je crains fort que ces deux domaines risquent d’être réservés pour encore bien longtemps ! Qui plus est, l’omniprésence du chef de l’Etat revient à rappeler celle de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 à l’époque où son Premier ministre n’était autres que Jacques Chirac. Excédé, ce dernier avait annoncé sa démission en fracas, deux ans après, déclarant qu’il ne disposait plus des moyens nécessaires pour gouverner ? Dès lors, je m’interroge comme l’hebdomadaire Marianne : « Après la rupture du couple Royal-Hollande, le couple Sarkozy-Fillon peut-il tenir ? » Réponse, très prochainement.
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