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Vendredi 29 juin 2007

Ali-Babacan.jpg Ali Babacan, négociateur en chef turc pour les négociations avec l'Union Européenne. Mercredi dernier, la présidence allemande de l’Union Européenne a ouvert deux chapitres supplémentaires dans le cadre des négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE lesquels sont les statistiques et le contrôle financier. Angela Merkel envisageait d’ouvrir un troisième chapitre consacré à la politique économique et monétaire mais celle-ci a du y renoncer face au probable veto de la France.

 

Par cette attitude, Nicolas Sarkozy exprime sa volonté de ne pas voir la Turquie intégrer l’Union européenne, ce qu’il a répété à maintes reprises. En ce qui me concerne, je n’ai toujours pas changé d’opinion quant à la question turque. Je considère qu’Ankara doit rejoindre l’Union Européenne d’autant plus qu’il en va de la crédibilité de celle-ci. En effet, comment accepter que Bruxelles renie du jour au lendemain ses engagements en raison du caprice d’un chef d’Etat nouvellement élu ?

 

Bon soyons clair, nos compatriotes restent réticents à l’idée que la Turquie fasse partie de l’Union Européenne. Néanmoins, je considère qu’ils restent pour l’essentiel assez peu informés, notamment à propos des véritables enjeux. Il faut en effet rappeler que la Turquie demande à intégrer l’Union européenne depuis 1963. Cela fait donc plus de 40 ans que la Turquie cherche à rejoindre les pays membres de l’UE et que ces derniers – plus ou moins embarrassés, s’amusent à la faire tourner en rond. Comme c’est élégant !

 

Les 27 Etats membres de l’UE ne doivent pas se tromper sur les véritables enjeux que constitue la candidature turque. Si on veut aller à fond vers une Europe politique, du moins si on prétend ne pas vouloir trahir le rêve des Pères fondateurs (Robert Schuman, Jean Monnet, Conrard Adenauer et Alcide de Gasperi), alors il faut prendre son courage à deux mains et aller jusqu’au bout de la logique en entérinant l’adhésion de la Turquie à l’UE. Il faut pour cela une réelle volonté de la part des dirigeants qui nous gouvernent et une certaine honnêteté intellectuelle.

 

En effet, Nicolas Sarkozy surfe sur une opinion qui rejette assez largement la candidature turque à l’UE. Néanmoins, le président de la République se cache bien de considérer les vrais enjeux. Qui plus est, il ose dire que la Turquie n’a pas sa place en Europe, quitte à lui proposer un cadeau empoisonné, la création d’une Union méditerranéenne. Si, effectivement, la Turquie ne fait pas partie de l’Europe, comment expliquer en revanche que cette dernière fasse partie de l’Union Européenne de Football Association (UEFA) ? Apparemment, cela n’a l’air de choquer personne à tel point, qu’on ne se posera pas de questions si un jour, la Turquie remporte le Championnat d’Europe des Nations de Football (plus connu sous le nom d’Euro). Assez d’hypocrisie, je vous prie !

 

A mon sens, il me semble évident que l’Union européenne joue une grande partie de sa crédibilité. De nombreuses contraintes ont été infligées à la Turquie, ce qui me semble pour ma part justifiées – notamment en ce qui concerne la reconnaissance du génocide arménien par exemple. La Turquie ne cesse d’exprimer sa volonté d’intégrer pleinement le monde occidental et nous offre l’opportunité unique de peser de façon décisive sur les affaires du monde et notamment en Proche-Orient. Comme l’a dit Ali Babacan, le négociateur en turc en chef à Bruxelles, « l’Union Européenne restera forte tant qu’elle continuera à tenir ses promesses ».

 

Qui plus est, je vous rappelle que Nicolas Sarkozy, étant garant de la constitution, le président de la République se doit de la respecter. Or, il est rappelé dans la Constitution l’obligation que tout future adhésion d’un Etat à l’Union européenne, une consultation référendaire devra être organisée. Autrement dit, Nicolas Sarkozy ferait bien mieux de considérer autrement la question turque et de laisser les négociations se poursuivent au lieu de tenter le passage en force et de plonger l’Union Européenne dans une crise ouverte avec Ankara dont les conséquences pourraient être irréversibles et très dommageables pour le projet européen.

par Gilles publié dans : International
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