Salope. Selon le dictionnaire, ce mot signifie : « Femme dévergondée, de mauvaise vie, garce ». C’est le mot prononcé par cet homme à propos d’Anne-Marie Comparini, conseillère régionale Modem de Rhône-Alpes et députée du Rhône, éliminée dès le 1er tour, le 10 juin dernier.

Vous l’aurez compris, il s’agit de Patrick Devedjian, le tout nouveau président du conseil général des Hauts-de-Seine et secrétaire général adjoint de l’UMP. L’ancien maire d’Antony était en pleine discussion avec le nouveau député UMP du Rhône, tombeur de Comparini, lorsqu’il s’est senti « obligé » d’en rajouter une couche en utilisant une expression assez peu gracieuse. Manque de pot pour lui, la conversation fut diffusée par la chaîne de télévision locale (TLM pour Télévision Lyon Métropole) puis très rapidement sur le net. Bien évidemment, les réactions ne se font pas faites attendre et notamment dans le propre camp de Devedjian à tel point que ce dernier a du faire des excuses publiques.
C’est le mot de trop et il honore peu celui qui l’a prononcé. Cela témoigne également du mépris – voire de l’aversion – qu’a la plupart des membres de la majorité envers l’opposition et cela concerne aussi bien les élus que les militants. La droite se veut décomplexée, tolérante, ouverte ? Balivernes ! Elle se montre aussi arrogante, méprisante et intolérante, à l’image du gourou Sarkozy. Pour preuve, il suffit de voir le comportement de la droite hors caméra et au niveau local. A titre personnel, je me rappelle que trop bien des tentatives de déstabilisation et des entreprises de mauvaises fois menées par la droite, notamment lors de la dernière campagne législative. Ce que cela soit à Grenoble ou à Bondy, c’est le même lot : dénigrement et irrespect de l’adversaire. Pire ! A Grenoble, Alain Carignon a même renoué avec des pratiques que l’on croyait révolues, à savoir : la diffamation, des tracts mensongers, des pratiques intimidantes…
Le gros mot de Devedjian me surprend à moitié au bout du compte car le président du conseil général des Hauts-de-Seine est à l’image du président de la République. Devant les caméras, on nous joue l’ouverture tout en voulant ringardiser la gauche et le Modem, hors caméra, on exprime que mépris et indifférence. La droite décomplexée est une droite qui a une vision un peu spéciale de l’expression démocratique dans ce pays. Elle ne se montre conciliante avec autrui que dans la mesure où ce dernier se soumet. A ce titre, on peut évoquer les centristes. N’est-ce pas François Fillon qui déclarait à l’entre deux tours de la présidentielle, que les centristes qui le souhaitent pouvaient intégrer la majorité présidentielle mais que le projet de cette dernière ne changerait pas d’iota ?
Toujours est-il que la majorité devrait apprendre les bonnes manières et surtout le respect de l’adversaire. Le mot de trop de Devedjian résume tout l’esprit de l’UMP : arrogante, se comportant telle une « Madame je sais tout ! », imbue de sa personne. Rien qu’à Sciences Po Grenoble, il suffit de voir certains militants UMP qui affichent une telle arrogance et cela n’a pas manqué durant la campagne présidentielle. Quant aux dirigeants, je n’en parle pas ! A ce titre, je me rappelle encore les propos insultants du Premier ministre Fillon envers nous les socialistes, en nous reprochant de ne pas oser aimer la France. Quelle indécence !
La droite a gagné les élections générales et tant mieux pour elle. Mais elle se doit de respecter ses adversaires car c’est tout simplement une question d’expression démocratique. Bon, ne faisons pas la fine bouche : la gauche, quand elle était ses responsabilités, a eu aussi la langue qui a fourché notamment en octobre 1981 lorsque Paul Quilès déclarait au Congrès de Valence (26) que « des têtes vont tomber ». Toujours est-il que certains ne se sont toujours pas remis de l’ivresse de la victoire et que celle-ci leur donne une certaine liberté avec les bonnes manières. Aussi, si Nicolas Sarkozy et le gouvernement Fillon ont fait le minimum syndical en critiquant Devedjian, ils pourraient également innover en créant un ministère des bonnes manières. Un ministère taillé sur-mesure pour le président du conseil général des Hauts-de-Seine. Vous ne trouvez pas ?
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