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Vendredi 28 décembre 2007

Arche-de-Zo--.jpg L'équipage de l'Arche de Zoé, emmené au moment de leur procès (www.liberation.fr)  Un mot et six lettres pour qualifier ce qui est comme le plus grand raté politique, diplomatique et humanitaire qu’on n’ait jamais connu.

 

Mercredi dernier, les six membres français de l’Arche de Zoé ont été condamnés à huit ans de travaux forcés par la justice tchadienne qui les a reconnus coupable d’enlèvement d’enfants.

 

On a une sacrée manie, nous Français, de critiquer les décisions de justice surtout lorsque ce sont nos ressortissants qui sont mis en cause. Bien évidemment, je ne dis pas non plus que le procès de N’Djamena fut exemplaire bien au contraire ! Un procès bâclé, qui a soigneusement évité les véritables questions (le rôle exact des pouvoirs tchadien et français par exemple) tout cela dans un pays qui est loin d’être un Etat de droit.

 

CPS-HUA74-181207114525-photo00-photo-default-512x341-copie-1.jpg Emilie Lellouch, membre de l'Arche de Zoé, durant son procès. Néanmoins même si l’issue de ce procès bidon était prévisible, il n’en demeure pas moins qu’on ne peut se permettre de commenter une décision de justice prise par un tribunal d’un pays souverain. Qui plus est, nous devons faire preuve d’humilité et non d’arrogance dans une telle situation et c’est ce qui a manqué à mon sens, à l’équipage de l’Arche de Zoé. A ce titre, je n’oublierai jamais les propos d’Emilie Lellouch disant : « On n’a prouvé notre innocence ! » Certes ! Mais c’était tout de même arrogant !

 

L’équipage de l’Arche de Zoé a toujours l’intime conviction d’avoir sauvé des enfants du Darfour. Toutefois, comment expliquer ce manque de transparence dans leur mission ? Et surtout comment expliquer l’embarras du gouvernement français – Sarkozy, Kouchner et Yade en tête – qui étaient bien au courant de la supercherie mais qui n’a rien fait pour éviter le fiasco ?

 

Oui. On a bien assisté à un véritable fiasco dans lequel la France s’est quelque peu emmêlée les pinceaux. Lors du discours de Dakar, Nicolas Sarkozy disait que l’Afrique devait se prendre en main et ne recevoir de leçons de personne ? Cela n’a pas empêché notre cher président d’aller se rendre lui-même déclarant auparavant ramener l’équipage de l’Arche de Zoé en France, quoi qu’ils aient fait. Ce double discours traduit bien toute la limite du rapport qu’entretient la France par rapport à l’Afrique : on dit que le continent noir doit se prendre en main mais dans le même temps, on se permet de faire preuve d’ingérence à tous les niveaux et à mettre en doute la justice tchadienne, en expliquant implicitement que les prévenus doivent être jugés en France !

Tchad-Zo--.jpg

Eric Breteau et le reste de l'équipage à la sortie du tribunal spécial de N'Djamena au Tchad

 

Alors, je pense que le Tchad a voulu se faire justice et se prendre en main d'une certaine manière. Huit ans de travaux forcés pour des détenus qui seront immédiatement rapatriés en France ? On ne pouvait pas mieux faire pour éviter rancœurs et humiliations. En effet, l’enjeu dépasse largement le cas de ces pieds nickelés et l’enjeu en question a un nom : Darfour.

 

Dès lors, à travers ce procès bidon, c’est un peu une leçon que le Tchad nous a donné. C’est l’idée que le Tchad est et reste un Etat souverain qui n’acceptera de moins en moins qu’on lui dise quoi faire quand il s’agit de ressortissants français. D’ailleurs, il semble bien que nos ressortissants ont péché en raison d’une certaine arrogance et qu’ils ont été les dindons de la farce, comprenez : les relations Paris – N’Djamena valent mieux qu’un équipage, équipage bien peu réglo au passage !

 

PS : en guise de prolongement, je vous invite à lire l’édito de François Sergent paru dans Libération, le 21 décembre 2007. Ce dernier est très explicite et clair ! Bonne lecture !

 

"Qui a dit : «Ce que veut l’Afrique, ce n’est pas que l’on pense à sa place, ce n’est pas que l’on décide à sa place» ? Sarkozy-Guaino dans le discours de Dakar. Pourtant, Nicolas Sarkozy ou Rama Yade sont prêts à juger à la place des Tchadiens les accusés de l’Arche de Zoé. Les aventuriers perdus de ce naufrage récusent eux-mêmes leurs juges africains et dénoncent une «mascarade». Bien sûr, on ne peut que se méfier de la conversion d’Idriss Déby à la démocratie et aux droits des enfants. Le Tchad n’est pas un Etat de droit et son armée est régulièrement dénoncée pour recruter des gamins. Il reste que cette lourde ingérence dans les affaires d’un pays souverain fleure le néocolonialisme et est perçue comme telle par les Africains. Avec l’arrogance des illuminés, les accusés de l’Arche de Zoé affirment leur devoir impérieux de sauver ces enfants. Tout montre pourtant que ces derniers ne sont pas des orphelins, victimes d’un «génocide» qui excuserait tout au nom d’un droit d’ingérence hégémonique.

Recruter, sélectionner des jeunes, avec des complices locaux, ne peut que rappeler aux Africains la colonisation et la traite. La bonne conscience et les bonnes intentions - encore à démontrer - de ces égarés de l’humanitaire ne justifient pas ces conduites d’un autre âge. De même, le président français, après avoir condamné sans procès les humanitaires, ne peut cavalièrement affirmer vouloir «ramener ceux qui restent au Tchad, quoi qu’ils aient fait». Le discours de Dakar encore : «Vous voulez une autre mondialisation, avec plus de justice, la France le veut aussi.» On en est loin"

par Gilles publié dans : International
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