C’est après-demain que les Irlandais vont se prononcer, par
référendum, pour ou contre le traité de Lisbonne en cours de ratification par les 27 Etats de l’Union.
Il va sans dire que le vote des Irlandais est suivi de près par les dirigeants des autres Etats de l’Union d’autant plus qu’à 48 heures du scrutin, le Oui et le Non sont côte à côte avec un avantage pour le Non. Dès lors, les interrogations demeurent.
En effet, si l’Irlande rejette le Traité de Lisbonne, ce dernier risquerait bien d’avoir du plomb dans l’aile et forceraient nos chers dirigeants à tout revoir. Bien évidemment, et en tant qu’européen convaincu, je ne pourrai me réjouir si jeudi soir, le traité modificatif était rejeté d’autant plus qu’il est un peu fâcheux que 4 millions d’électeurs irlandais décident pour 500 millions d’Européens. Toutefois, si on pousse ce raisonnement jusqu’au bout, il faut alors rappeler que 55 millions d’électeurs français et néerlandais ont décidé pour le reste de l’UE en votant non au référendum sur la Constitution en mai et juin 2005. Dès lors, on a tout simplement décidé de stopper le processus de ratification alors que 18 Etats sur 25 avaient approuvé le nouveau traité de Rome.
Aussi, je ne vois pas vraiment pourquoi on devrait exprimer notre courroux vis-à-vis de l’Irlande. A ce titre, j’en profite pour répondre à mon ami Vincent qui s’insurge de la campagne référendaire irlandaise. D’une part – et je lui en remercie de l’avoir rappelé – le référendum est obligatoire en Eire (l’autre nom de l’Irlande) et de plus, on ne peut reprocher aux Irlandais d’exprimer des doutes sur ce traité qui finalement fait plus qu’alléger la défunte Constitution au point de la dénaturer notamment en supprimant toute référence aux symboles de l’Union.
Comme je le dis assez souvent, l’Europe mérite d’être aimée et
suppose qu’on prenne des risques pour elle notamment vis-à-vis de concitoyens qui semblent douter après 50 ans de construction européenne. Nos dirigeants actuels n’expriment pas ce « désir
d’Europe », cette envie de vouloir mener la construction européenne à son terme. Les années 1980 et au début des années 1990 furent des périodes magiques pour la construction européenne car
nous avions des dirigeants qui croyaient dur comme fer à l’Europe quitte à prendre des risques politiques. Je pense notamment au référendum sur le traité de Maastricht en 1992 en France. Grâce à
la mobilisation de François Mitterrand, alors président de la République, les Français se sont prononcés à pour une Europe plus politique même si le oui n’était passé qu’à une courte
majorité.
Aujourd’hui, cette absence de prise de risques de la part de nos dirigeants, plus soucieux de sauver leur place au niveau interne, est très préjudiciable pour la construction européenne car nos concitoyens s’y reconnaissent de moins en moins. Qui plus est, nous payons dix ans de politique de dénigrement de la Commission de Bruxelles et de même de schizophrénie vis-à-vis de l’Europe : il n’y a qu’à voir l’attitude de Nicolas Sarkozy à ce sujet !
Alors voilà, allons voir ce que décideront les Irlandais. En cas de vote négatif, il faudra en tirer les
leçons mais surtout poursuivre le processus de ratification du traité de Lisbonne. Ne pas le faire, c’est rééditer ce que nous avons en 2005 lors des non français et néerlandais, ce qui a été
très préjudiciable par la suite à mon sens pour la dynamique de la construction européenne.
(Crédits photos : blog de Jean Quatremer)
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