"Le modèle qui est le nôtre doit rester celui d'une famille hétérosexuelle" dixit à l'Université d'été de la Rochelle, Nicolas Sarkozy. Le président de l'UMP a donc tranché : il se prononce contre le mariage des homosexuels et par la même occasion, l'adoption d'enfants par des couples du même sexe même s'il s'est montré favorable à une amélioration du PACS notamment pour les questions fiscales.
Le président de l'UMP en compagnie du Premier ministre, Dominique de Villepin, lors de l'université d'été du parti qui se tient, jusqu'au 3 septembre, à Marseille
Le champion de la rupture, après réflexions, s'est prononcé finalement contre et affiche, une fois de plus, toute sa contradiction. Il prétend incarner la rupture, il se montre conservateur sur les questions sociétales et là où le ministre de l'Intérieur fait, semble-t-il selon certains, preuve de courage, il fait ici preuve de frilosité. La rupture qu'il revendique tant n'est qu'en ordre général un feu de paille dans la mesure où il se veut révolutionnaire, moderne dans son projet dans la France. Mais il se montre une fois de plus dans le parfait sillon conservateur : libéral sur les questions économiques et sociales, réticent sur les questions de société. La rupture ne semble pas concerner les couples homosexuels et dans ce cadre, il ne fait preuve d'aucun courage politique.
Un homme politique qui prétend accéder à la magistrature suprême se doit parfois d'aller au bout de ses convictions et les dépasser en tenant de l'évolution sociale et sociétale d'un pays. En 1981, François Mitterrand avait le courage politique de se déclarer favorable à une abolition de la peine de mort face à une opinion qui était farouchement pour la peine de mort. Plus proche de nous et dans le sujet qui nous concerne, le président socialiste du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero, a autorisé en 2005, le mariage puis l'adoption pour les couples homosexuels, en dépit d'une opinion fortement hostile.
Dans ce sujet, Nicolas Sarkozy ne prend aucun risque, la majeur partie de son électorat étant opposé au mariage gay. Il caresse ainsi son électorat au sens du poil tout en espérant aller au delà. A ce titre, on a souvent accusé Ségolène Royal de n'avoir qu'un calcul politique en se prononçant en faveur du mariage et de l'adoption pour les couples homosexuels. Toujours est-il qu'elle fait preuve de cohérence non seulement avec son parti (le PS approuve dans son projet "Réussir ensemble le changement", le mariage et l'adoption gay) mais avec une certaine évolution de la société. Depuis plus d'une vingtaine d'années, on tend à dédiaboliser l'homosexualité qui est, par conséquent, considéré comme un choix personnelle d'orientation sexuelle. Reste alors d'aller jusqu'au bout de cette logique en garantissant les mêmes droits sociaux et fiscaux pour tous sans execption.
Aussi, je ne mettrai pas en doute la sincérité de Nicolas Sarkozy concernant son positionnement sur le mariage homosexuel, toujours est-il qu'il tend à se montrer contradictoire et que la rupture qu'il recherche tant manque de cohérence. Si on veut incarner la rupture, celle-ci ne saurait être partielle mais totale. Encore faut-il qu'elle existe réellement et une fois de plus, le ministre-président a montré toute incohérence en invoquant un modèle nouveau pour la France conçu avec des outils antérieurs.
Il n'en demeure pas moins que la question ne réside pas dans le mariage ou non des couples homosexuels mais dans leur réelle considération au sein de notre société. Le PS et l'UMP - ou plutôt Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy - semblent peu à peu se différencier en adoptant des positions contraires. Reste alors à traiter concrètement et sérieusement cette question avec au passage les intéressés, afin que ces derniers puissent enfin se sentir membre à part entière d'une société en dépit de leur choix sexuel personnel.
Aucun commentaire pour cet article
Commentaires