2001 - 2006 : cinq ans après le 11 sepembre, le monde s'est replongé lundi dernier dans l'horreur que furent les attentats de New York et de Washington. Mais l'heure est aujourd'hui aux bilans. Il ne s'agit pas de faire des procès d'intentions à qui que ce soit mais de faire un constat parfois sévère de la situation. C'est tout l'objet de ce "dossier spécial" que je vous propose. Je ne pouvais bien évidemment passer à côté de cet évènement, mais j'ai volontairement laissé passé tout le côté commémoratif et émotionnel pour avoir un certain recul. Voici donc les articles!
Gilles
3 000 morts, 2 guerres et toujours pas de Ben Laden. Le 12 septembre 2001, le président des Etats-Unis, George Walker Bush, déclarait solannellement : "L'Amérique est en guerre. Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous". Il a par la suite déclaré que la lutte contre le terrorisme durerait des années tout en insistant sur une fibre patriotique exacerbée. On nous a alors dit que le régime de Saddam Hussein (Irak) n'était pas étranger aux violentes attaques de ce mardi 11 septembre 2001 et qu'il était du devoir des Etats-Unis de lutter contre ceux qui inspiraient la terreur et les régimes qui les protègent.
5 ans ont passé et force est de constater que les Etats-Unis ont raté une belle occasion. Non pas de prendre la tête des nations mais celle d'afficher ce qui était jusqu'en 2001 sa raison d'être : un pays libre. Aujourd'hui, les Etats-Unis vivent dans la peur. C'est du moins une impression délibérément véhiculée. Comme on dit en anglais, "life must go on" (la vie doit suivre son cours). On a souvent martelé que rien ne sera plus comme avant, que les Etats-Unis ne seront en paix que lorsque le terrorisme ne sera qu'un mauvais souvenir.
Mais la lutte contre le terrorisme ne se résume en une vision manichéenne du monde ("La lutte du bien contre le Mal") et en une juxtaposition de préjugés. Où est l'Amérique tolérante, fière de ses valeurs de 1776, celle qui - par l'oeuvre de Franklin, Washington et Jefferson - se veut exemplaire? Cette Amérique-là me semble être un lointain souvenir. C'est pourtant cette Amérique qui doit se montrer à travers le monde non pas celle qui ne soucie que peu de ses partenaires, celle qui ne respecte plus les conventions de Genève et des principes évidents comme celui de la souveraineté et de l'intégrité d'un Etat. La force des Etats-Unis fut justement de montrer une image alternative en se présentant comme le garant d'un monde libre durant la Guerre froide. Force est de constater qu'aujourd'hui, les Etats-Unis ont oublié ce qui constitue un fondement de leur existance.
Face à ceux qui se montrent radicaux, les Etats-Unis auraient du se montrer isolents dans leur volonté de liberté. Celle-ci a reculé d'une manière inégalée et cela est incomparable (même du temps de la fameuse "Chasse aux sorcières" (1947 - 1954), les Etats-Unis se sont souciés de ne pas tomber dans l'arbitaire en garantissant un procès équitable à ceux qui étaient suspectés de liens avec les communistes). Ce n'est pas par le Patriot Act que l'Amérique de Walker Bush retrouvera la sérénité. 5 ans après, elle a en quelque sorte perdu.
Cela veut-il dire pour autant que le terrorisme de Ben Laden est triomphant? Non, car bizarrement les attentats de septembre 2001 semblent avoir marqué un coup d'arrêt au fanatisme d'Al-Qaeida. Tout au long de ces cinq dernières années, il n'a été que verbal et même si des attaques ont eu lieu en 2004 à Madrid et en 2005 à Londres, rien n'est comparable au 11 septembre. L'existence d'Al-Qaeida sur la scène mondiale est signe de défi pour l'islam et les pays arabes et de confession musulmane tant que le discours de Ben Laden appelant au Djihad interpellent des jeunes en manque de repère. Les pays occidentaux doivent également se sentir concernés par cet état de fait. La meilleure arme contre le terrorisme est la tolérance.
Le 11 septembre 2001 fut un évènement majeur sous forme de défi. Au mois de mars dernier, lorsque je passais le concours d'entrée en seconde année à Sciences Po Aix-en-Provence, le sujet de Culture Générale fut le suivant : commentez la citation du philosophe russse chrétien Dostoveski : "la démocratie est indifférente au Bien et au Mal". Moi, je dirais après coup ceci : la démocratie n'incarne ni le Bien, ni le Mal. Pour exister, elle doit être équilibré entre ces deux extrêmes car à force de rechercher le Bien et combattre sans retenue le Mal, on ne fait que produire du Mal.
Une des deux tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001
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