Jean Claude Juncker, premier ministre luxembourgeois, en compagnie de Nicolas Sarkozy. Jean Claude Juncker, actuel Premier
ministre luxembourgeois n’a pas été désigné par les Vingt-sept, premier président de l’Union Européenne.
Un triste résultat quand on connaît celui qui officie à ce poste. Car on peut dire ce qu’on veut mais Hermann Van Rompuy, premier ministre de Belgique pour encore quelques temps, était bien mieux à la Wetstraat (rue de la Loi, siège du gouvernement belge) qu’à la tête du Conseil de l’Union, signe d’une volonté des Etats-membres à ne vouloir quelqu’un de discret et sans aucune envergure apparente, histoire qu’on ne fasse de l’ombre aux chefs d’Etat et de gouvernement.
En effet, si la candidature de Jean-Claude Juncker avait été un temps évoquée, c’était principalement en réaction à celle de Tony Blair qui avait l’avantage de donner du poids à la présidence mais qui avait le principal inconvénient de susciter l’opposition de certains Etats-membres. Jean Claude Juncker était donc celui qui pouvait faire l’objet d’un large consensus.
Car il faut rappeler que l’actuel chef du gouvernement luxembourgeois a pas mal de cordes à son arc : c’est un Européen convaincu, siégeant au Conseil de l’Union depuis presque quinze ans et qui n’a pas hésité à mettre son avenir politique dans la balance il y a quatre ans, en annonçant qu’il démissionnerait si le Traité constitutionnel n’était pas adopté par les Luxembourgeois. Dès lors, l’expérience et les convictions européennes de Juncker auraient pu être bénéfiques et peser à terme.
Sauf que voilà : la candidature de Juncker a déplu à notre monarque-président ! En effet, le président de la République reproche officiellement à Juncker son manque d’implication lors de la crise financière de 2008 au moment où la France présidait le Conseil de l’Union européenne, lorsque ce dernier, alors président de l’Eurogroupe, avait refusé de convoquer une réunion des pays membres de la zone Euro. Il lui reproche également son manque d’implication dans la lutte contre les paradis fiscaux, le Luxembourg souhaitant conserver une de ses spécialités : le secret bancaire !
Nicolas Sarkozy en compagnie de José Manuel Barroso, président de la Commission européenne et de Jean-Claude Juncker en second plan
Dès lors, Nicolas Sarkozy, en grand européen convaincu, a préféré placer l’actuel premier ministre belge et écarter ainsi Jean-Claude Juncker au risque de porter un (très) mauvais coup à l’Europe politique. Car il ne fait nul doute que cette dernière est la grande perdante de la non-nomination de l’actuel premier ministre luxembourgeois, victime du veto de notre monarque-président. Toujours est-il que cette décision est lourde de conséquences et qu’il ne faudra pas se plaindre d’avoir une Europe dépourvue d’ambitions avec à sa tête, un Belge spécialiste de la discrétion, une Britannique décrite pour son incompétence notoire dans les couloirs de Bruxelles, et un Portugais faisant office de président de la Commission, un désespérant président au passage !
A moins que ce trio de tête nous surprenne, mais bon ! C’est comme croire au Père Noël et puis, ce n’est pas avec eux que l’on va faire des miracles !
PS : pour aller plus loin, je vous invite à lire l’article de Jean Quatremer sur les coulisses de la nomination de Van Rompuy à la tête du Conseil de l’UE. Apparemment, tout s’est joué en l’espace d’une conversation, Nicolas Sarkozy posant son veto à la nomination de Juncker et Frederik Reinfeldt, actuel premier ministre suédois et président en exercice du Conseil de l’UE, souhaitant un consensus assez rapidement. C’est triste à lire en tout cas !
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