Mercredi 2 juillet 2008

Nicolas Sarkozy lors du 19/20, lundi 30 juin. Ca y est ! La France a pris le 1er juillet, la présidence tournante de l’Union Européenne et ce, pour six mois. Six mois durant lesquels Nicolas Sarkozy tentera de faire avancer des sujets importants comme notamment la Politique agricole commune (PAC) et l’immigration.

La tâche du chef de l’Etat devait s’avérer facile : en effet, ce dernier se targuait d’avoir remis l’Europe sur les rails avec le traité de Lisbonne. Néanmoins, le « non » irlandais du 12 juin dernier a bel et bien grippé la machine d’autant plus que les choses risquent de s’aggraver. En effet, profitant du rejet irlandais, la Pologne, de part la voix de son président Lech Kaczynski, jette un pavé dans la mare en déclarant son intention de ne pas ratifier le traité. La République Tchèque pourrait l’imiter, ce qui ne fait qu’embarrasser lourdement les autorités françaises.

Dans ce cadre où les citoyens européens se posent des questions sur le bien-fondé et l’avenir de l’Union, que doit faire la présidence française et donc Nicolas Sarkozy ?

Tout d’abord, arrêter de nous sortir ce fameux slogan : « C’est la faute à Bruxelles ! » Cela devient gonflant et plus nos chefs d’Etat s’exprimeront de la sorte, plus on réduira à néant le peu de crédibilité qu’a encore la construction européenne auprès des Européens. Autrement dit, nos dirigeants politiques doivent prendre une fois pour toutes leurs responsabilités surtout lorsqu’on est à l’origine d’un texte destiné à remplacer la défunte Constitution européenne. Il ne suffit pas de dire : « On a sauvé l’Europe ! », encore faut-il le faire concrètement ! En d’autres termes, si le non l’a emporté en Irlande, ce n’est pas à cause du commissaire européen au commerce, le Britannique Peter Mandeslon, mais bien à cause d’un président de la République française qui n’a pas jugé utile de mettre la main dans le cambouis et défendre le traité de Lisbonne en Irlande, laissant tout le loisir aux eurosceptiques de polluer le débat sur place.

Interrogé hier soir par les journalistes de France 3, Nicolas Sarkozy a parlé d’une « Europe qui protège ». Alors, va-t-on enfin avoir cette Europe sociale dont on parle (surtout les socialistes) depuis des années ? On peut toujours courir puisqu’apparemment, le président et la majorité des Français n’ont pas la même vision de la protection ! A l’Europe sociale, Sarkozy défend son projet phare sur l’immigration avec notamment le renforcement du contrôle des frontières ! Pas de quoi donner une meilleure image de l’UE sur la scène mondiale !

Dès lors, je m’interroge et pour être franc, je n’attends pas tellement grand-chose de la présidence française. En effet, penser que la France – et donc Nicolas Sarkozy – puisse régler en six mois ce qui est débattu depuis des années, c’est être bien naïf ! Vous direz que j’exagère mais c’est bel et bien l’objectif de la présidence française qui vient de démarrer. A cela, notons le peu d’enthousiasme qu’elle suscite dans l’Hexagone, ce qui est bien dommage au passage surtout si le gouvernement préfère gaspiller des millions d’Euros de campagne publicitaire pour nous parler pouvoir d’achat au lieu de promouvoir l’Union Européenne. 

Ainsi, le président de la République a une marge de manœuvre limitée et charge à lui de promouvoir l’Europe de façon positive. Malgré tout, ce n’est pas six mois de présidence française qui vont changer le regard de nos compatriotes sur l’Europe. Non, non ! Tout un travail en amont doit être désormais effectué et si Nicolas Sarkozy semble adorer le service public, il pourrait faire en sorte qu’elle ait plus de moyens pour qu’elle ait une antenne de rédaction digne de ce nom à Bruxelles ! Hé oui, la France, pays moteur de l’UE est l’Etat qui consacre beaucoup moins de temps et d’argent à l’Europe sur le plan audiovisuel par rapport au Royaume-Uni ! En effet, là où France Télévisions peine à avoir une rédaction européenne, une chaîne comme la BBC détient le plus gros bureau à l’étranger.

Cherchez l’erreur !

par Gilles publié dans : Je vous parle d'Europe
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Jeudi 19 juin 2008

Une fois n’est pas coutume, je mets en ligne un entretien de Jean-Claude Juncker, réalisé par Jean Quatremer, journaliste à Libération. Le Premier ministre luxembourgeois revient sur notamment sur le rejet du Traité de Lisbonne par les Irlandais et sur le message à transmettre à 500 millions d’Européens afin que l’Union Européenne soit perçue comme plus citoyenne.

Bonne lecture !

Gilles

Jean-Claude Juncker: "On risque d'assister au retour des vieux démons"

Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois. Comment sortir de la crise dans laquelle le non irlandais au traité de Lisbonne a replongé l’Union ? Les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement se retrouvent aujourd’hui et demain, à Bruxelles, pour essayer d’esquisser une solution. Leur doyen, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker qui siège au Conseil européen depuis janvier 1995, estime que l’intégration communautaire demeure une nécessité dans un monde où l’Europe pèsera de moins en moins. Voici la version de l'entretien que j'ai eu avec lui, à Luxembourg, lundi, et qui est parue ce matin dans Libération.

L’Irlande est-elle isolée ?

Le non irlandais a la même signification que les non français ou néerlandais de 2005. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui veulent à tout prix isoler l’Irlande, la mettre sur le banc des accusés et l’obliger à choisir entre le traité de Lisbonne et la sortie de l’Union. Jamais on n’aurait dit ça à la France, donc on ne peut pas le dire à l’Irlande. C’est condescendant, arrogant et cela amplifie les problèmes. Nous devons d’abord écouter aujourd’hui le Premier ministre irlandais qui esquissera quelques voies de sortie et nous verrons si nous pouvons le suivre sans remettre en cause la substance du traité de Lisbonne. Si nous ne trouvions pas cette voie et si nous devions continuer sur la base du traité de Nice, dont nous disons tous qu’il est insuffisant pour alimenter la machine communautaire, il faudra alors que nous ayons recours aux coopérations renforcées.

Donc, une Europe à plusieurs vitesses ?

Ce serait la conséquence logique qui se dégagerait d’un désaccord. Ce sera le seul moyen d’éviter que l’Europe s’estompe. Avanceront ceux qui seront portés par le désir de s’intégrer davantage et ceux qui ne voudront pas les suivre resteront de côté. Ce n’est pas l’Europe dont je rêve, mais si le vouloir-vivre en commun n’a pas la même signification pour tous, cela sera nécessaire.

N’est-ce pas la démonstration qu’il n’y aura plus jamais de traité européen? À 27, il y aura toujours quelqu’un qui votera non.

Je vous ferais remarquer que les trois pays qui ont voté « non » sont là depuis 1957 et 1973 pour l’Irlande. Le seul État fondateur à avoir voté « oui » jusqu’à présent est le Luxembourg (en juillet 2005).

Le « non » irlandais manifeste-t-il une défiance à l’égard de la construction communautaire ?

Il confirme l’existence d’un fossé qui sépare l’Europe en deux. Il ne s’agit pas du fossé entre la classe politique et les peuples d’Europe dont je ne nie pas l’existence, mais qui existe aussi au plan national : il serait surprenant de le voir se combler sous prétexte que les gouvernements se retrouvent à Bruxelles… Non, je veux parler d’un autre fossé, celui qui sépare 50 % de citoyens qui voudraient avoir plus d’Europe et 50 % qui considèrent qu’il y a suffisamment ou trop d’Europe. Cette ligne de fracture, qui traverse tous les États membres, a trouvé une confirmation brutale en Irlande. Ce fossé est très difficile à combler : si on dit qu’on n’agira pas dans tel domaine, on décourage ceux qui veulent plus d’intégration, si on dit qu’il faut plus d’Europe  dans les domaines de l’énergie ou de la défense, on suscite l’hostilité des autres. C’est là l’énorme différence entre la période actuelle et les décennies qui furent. Il fut un temps, pas si lointain, où il suffisait de crier : « vive l’Europe ! » pour susciter l’enthousiasme des foules.

Pourquoi un tel retournement ?

Il y a une vraie paresse des gouvernements qui ont renoncé à expliquer l’Europe. De plus, lorsque les dirigeants européens reviennent chez eux, ils justifient souvent les choix qu’ils doivent faire par des contraintes communautaires, contraintes qu’ils décrivent toujours comme s’ils avaient été absents au moment de leur genèse. Il est de notre responsabilité d’expliquer que nous nous réunissons à Bruxelles pour régler en commun nos problèmes et non pour nous battre. Trop de Premiers ministres rentrent chez eux en clamant : nous l’avons emporté, notre point de vue a prévalu. Cela donne l’impression qu’il y a des gagnants et des perdants. Comment ensuite expliquer aux citoyens que nous légiférons en commun pour le plus grand bien de l’Europe. La législation n’est pas toujours parfaite, elle n’est pas toujours pour le plus grand bien de l’Europe parce que nous pouvons prendre de mauvaises décisions. Mais faire comme si à Bruxelles avaient lieu des matchs de boxe, cela n’a aucun sens. Nous donnons de la réalité une description nationale qui est toujours fausse.

Enfin, il y a une paresse des citoyens qui sont bien installés dans leur confort national : beaucoup d’Européens se retirent dans le domaine privé et ne manifestent aucun intérêt vis-à-vis des autres pays européens et a fortiori des autres continents. Et ce qui m’étonne est que le citoyen est souvent épris de méfiance à l’égard de tout ce qu’on lui dit, mais lorsqu’on lui dit du mal de l’Europe, il le croit ! C’est assez incroyable. Ce double égoïsme national fait qu’on n’a plus de regard sur le monde ce qui est étonnant à une époque où l’information circule comme jamais. Cet égoïsme national n’est pas perçu comme tel parce que les nations se disent qu’elles doivent leur bonheur national à leur seule volonté, à leur seul savoir-faire national sans que nous, dirigeants nationaux, nous n’expliquions que ce qui va bien en France, au Luxembourg ou en Allemagne est largement dû à une discipline européenne librement consentie.

Comment expliquer la nécessité de construire l’Europe ?

Quelques chiffres suffisent. En 1900, 20 % de la population mondiale était européenne, en 2000, 11 %, en 2025, ce sera 7 % et en 2100, 4 %. 500 millions d’Européens seront donc confrontés à 8,5 milliards d’hommes. En 2025, la Chine sera la deuxième puissance commerciale, l’Inde, la quatrième, juste derrière l’Europe. Les pays de l’OCDE verront leur part dans le PIB mondial passer sous les 40 %, égalés par le monde asiatique. Pourtant, nous continuons de penser que nous dominons la planète. Or, déjà, aujourd’hui, le monde ne nous appartient plus. Le dernier siècle européen a été le XIXe : le XXe s’est terminé en siècle américain, de notre propre faute. La seule leçon qu’il faut tirer de ces faits, ce n’est pas d’avoir peur des autres, ce n’est pas de nous parcelliser, de nous subdiviser, mais de faire de l’Europe une grande région de la planète. Tout nous pousse à l’intégration pour survivre économiquement, culturellement, politiquement, militairement. On devrait dire les choses comme cela. Si les nations font comme si elles n’avaient pas besoin des autres, c’est que nous ne mesurons pas à quel point nous devons notre bonheur relatif à la force conjuguée de l’Union, et que nous refusons de voir les énormes changements qui sont en cours et que nous n’arrêterons pas. Nous n’avons pas besoin des États-Unis d’Europe qui feraient fi du fait national. Mais, à force de nous affaisser, nous risquons d’avoir les États désunis d’Europe. Nous tenons entre nos mains le destin d’un continent et nous ne le savons pas.

Les peuples semblent effectivement penser que l’État nation est plus protecteur que l’Union parfois perçue comme le cheval de Troie de la mondialisation.

Entre la mondialisation et la nation, il y a l’Europe organisée. Par exemple, l’une des bonnes réponses des Européens a été la monnaie unique qui nous protège au quotidien. Si l’euro n’existait pas, le prix à la pompe serait de 30 % plus élevé. Si l’euro n’existait pas, après le non français, néerlandais et maintenant irlandais, nous aurions eu de graves crises monétaires qui nous auraient tous rendus plus pauvres. La dimension stabilisatrice de l’euro devrait plus souvent être soulignée : où en serions-nous si nous n’avions pas la monnaie unique ?

Ne faut-il injecter dans l’Union davantage de démocratie ? Est-il normal que la nomination des responsables européens se fasse dans le secret du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement ?

Il faudrait que les grandes familles politiques européennes disent avant les élections européennes de juin prochain quel est leur candidat à la présidence de la Commission afin qu’il y ait plus de transparence dans le choix offert.

Comment expliquer que les citoyens se mobilisent si peu pour les élections européennes (moins de 40 % en moyenne) alors que le Parlement a désormais des pouvoirs importants ?

Les peuples ne savent pas quels sont les droits du Parlement européen parce qu’ils ne s’y intéressent pas. Pourtant, ils devraient le faire et ils verraient que « Bruxelles », ce sont des gouvernements qui votent et un Parlement européen qui vote. Les décisions de Bruxelles n’émanent pas d’un dictateur caché ou de bureaucrates mystérieux, mais d’un processus démocratique que les gouvernements n’assument pas chez eux.

La construction communautaire n’est-elle pas jugée tellement nécessaire par les États qu’elle continuera bon gré, mal gré ?

Les générations à venir s’apercevront du prix de l’absence de l’Europe, mais seulement lorsque le prix aura été payé. C’est bien là le problème. J’ai cette arrogance de penser qu’il faudra tout faire pour qu’on n’ait jamais à payer ce prix de la non Europe. Sinon, on dira de ma génération qu’elle a failli à son devoir lorsqu’il sera trop tard pour réparer nos erreurs. Il faut savoir entretenir avec les peuples d’Europe une relation de clarté : il faut leur dire ce qu’il adviendra si nous échouons et décrire la route qui doit être la nôtre. Nous sommes confrontés à un problème de générations. Il y a ceux qui ont fait la guerre et ceux qui ne l’ont jamais connu et qui considèrent la paix comme un dû. Néanmoins, je reste persuadé que le grand drame européen restera toujours la guerre. Il y a sur la planète au moins cent guerres en cours. En Europe, il n’y a pas de guerre. Est-ce que l’Europe est immunisée contre la guerre ? Non. Il y a moins de dix ans, on tuait, on torturait, on violait en ex-Yougoslavie. Est-ce que les vieux démons ont vraiment quitté l’Europe ? Non. L’absence de la guerre n’est pas la règle, c’est l’inverse. Nous avons su, grâce aux efforts de la génération de nos parents l’éliminer comme mode de gestion normal des différends.

Mais demain, d’ici à 50 ans, si nous ne réussissons pas à maintenir l’Europe qui nous permet de régler pacifiquement nos conflits, nous assisterons au retour des vieux démons. C’est écrit dans l’histoire, c’est inscrit dans le sol européen, c’est inscrit dans ses cimetières.  Je sais que ce discours ne passe plus. Ce n’est pas une raison pour ne pas le tenir. Je sais bien que les gens sont d’abord préoccupés par les prix du pétrole ou des produits alimentaires. Ils ont raison d’exiger de l’Europe qu’elle fournisse des réponses. Et ceux qui traînent les pieds pour répondre aux préoccupations quotidiennes des citoyens ont tort. L’Europe est faite pour protéger. Je reconnais que nous parlons insuffisamment du contenu politique, que nous parlons insuffisamment des problèmes des gens et si nous arrivons à fournir des réponses, nous faisons comme si l’Europe n’avait aucune responsabilité, car nous aimons donner à nos opinions publiques nationales le sentiment que seul leur gouvernement est capable d’apporter une réponse. Mais il ne faut jamais perdre de vue les raisons de la construction communautaire.

L’État nation rassure, l’Europe inquiète ?

Les citoyens n’ont pas toute confiance dans leur État, mais ils perçoivent néanmoins l’Europe comme une menace pour le réduit national, car ils imaginent qu’on peut l’isoler du reste du monde. Si nous disions enfin qu’il n’y a pas de réponse nationale à un problème international, mais qu’il y a une chance de réponse européenne, nous arriverions peut-être à expliquer que nous n’avons pas d’autre choix qu’européen. Il faut avoir le courage de dire en France que la France seule ne peut résoudre aucun des grands problèmes futurs (réchauffement planétaire, faim dans le monde, énergie, etc.), a fortiori l’Irlande ou le Luxembourg. Nous sommes grands en tant que nations parce que nous avons compris que seuls nous sommes petits.


Entretien réalisé par Jean Quatremer. (Crédit photos : http://bruxelles.blogs.liberation.fr)

par Gilles publié dans : Je vous parle d'Europe
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Jeudi 19 juin 2008

En cette nuit d’insomnie, je n’allais pas tarder à rejoindre Orphée quand je me suis dit qu’il fallait que je réponde à un jeune bloggeur de 19 ans, Kévin Bernardi.

Etudiant en première année de droit, ce jeune narbonnais est un militant socialiste et franchement pro-Royal, ce qui n’est pas pour me déplaire, d’autant plus qu’il fait un travail remarquable sur son blog. Toutefois, c’est son billet d’humeur à propos du Traité de Lisbonne qui m’a attiré l’attention. En voici l’intégralité :

Hier, l'Irlande a voté par référendum" Oui" ou "Non" au Traité de Lisbonne, concernant en grande partie la réforme des Institutions de l'Union Européenne.

Imaginez quand même que sur 27 pays membres, se disant "Démocratiques", seul l'Irlande a choisi la voie référendaire...
La France, présidée par Nicolas Sarkozy (personne ne l'ignore?), a choisie le vote par voie parlementaire.

Par peur d'un nouveau refus après le "Non" français de 2005 ou par mépris du peuple, qui selon la Constitution et nombres de textes fondamentaux, est "souverain"? Un peu des deux à vrai dire.
Oui, Nicolas Sarkozy n'a pas souhaité connaître un nouvel affront (il était Ministre en 2005) et une soit-disant mise à l'écart des décisions européennes, comme ce fut le cas, en 2005.

Bouh la France, le vilain petit canard, qui ne fait pas comme les autres!!! Ca, c'était en 2005. Les résultats du vote irlandais seront connus dans l'après-midi; demain se sera peut être l'Irlande qui sera considéré comme le "vilain petit canard" ou plutôt, la brebis galeuse, qui ne suit pas le troupeau.

S'il aurait dû se prononcer, je pense que le peuple français, aurait refusé ce texte.

Pourquoi?

Pour plusieurs raisons, qui sont quasi-identiques aux arguments des "pro-No" en Irlande:

- L'Europe décide de 7 mesures législatives sur 10
- Les citoyens ne sont que trop peu informés des décisions prises par une Commission qui détient trop de pouvoirs, alors que ce devrait être au Parlement Européen, élu par les 500 millions de citoyens européens.
- L'Europe est donc sourde aux revendications sociaux-économiques, notamment celles des pêcheurs actuellement (Portugal, Espagne, France, Italie, Belgique, Pays-Bas, Irlande...)
- Les citoyens, irlandais ou européens, ne sont pas informés des idées-phares du Traité de Lisbonne. Est-ce qu'en France, le Traité a été détaillé, dans les JT, la presse quotidienne...??? Non, l'adoption s'est faite en catimini, sans que l'avis des citoyens ne soit demandé.
- Enfin, les européens, les citoyens européens ne veulent pas d'une fédération du style "Etats-Unis d'Europe".

Et pourtant, c'est bien de cela qu'il s'agit dans le Traité de Lisbonne:

- Un président de l'Union élu pour 2,5 ans renouvelables (présidence de 6 mois actuellement)
- Un Ministre des Affaires-Étrangères... et peut être bientôt, un Ministre de la Défense, un Ministre de l'Economie, de la Culture, de l'Agriculture... commun à tous.

Pour ces raisons-là, je n'aurai pas voté "Oui" au Traité de Lisbonne... si bien-sûr le texte, cher à Nicolas Sarkozy, avait été soumis à référendum.

Mais comme un article du "Daily Telegraph" (repris hier sur ce site) le décrivait, les dirigeants européens, sont déjà en train de calculer, d'échafauder un plan "B" en cas de refus Irlandais, pour qu'au final, le Traité de Lisbonne soit... adopté.

Voilà une belle leçon de Démocratie... Ne donnons plus de leçon au reste du monde, nous avons encore beaucoup à apprendre de la signification du mot "Démokratîa".



Kévin - SégolènePour2007, le 12 juin 2008

Je dois vous dire que le commentaire de Kévin m’avait intrigué au point que je lui réponde sur son blog (D’ailleurs, je vous invite à lire mon commentaire en cliquant sur le lien suivant). En retour, Kévin a eu la gentillesse de me répondre à son tour.

Toujours est-il que la construction européenne souffre d’un déficit d’image faute d’être perçue différemment par les citoyens que nous sommes. Résultats des courses, des contre-vérités sont parfois émises et c’est l’Union Européenne qui en prend un coup.

Commission européenne, Bruxelles (Belgique) Ainsi, si Kévin émet des objections justes et valables sur le manque de transparence de l’Union Européenne, on ne peut pour autant dire que cela soit la règle bien au contraire ! En effet, depuis une dizaine d’années, le Parlement Européen voit ses attributions renforcées au détriment de la Commission Européenne qui n’est pas toute puissante contrairement à ce qu’on pourrait le penser et comme je l’avais signalé à Kévin, elle exerce un contrôle sur la Commission en validant ou non la composition de celle-ci ou alors en la renversant. Deux exemples concrets : en juin 2004, lors de l’audition des commissaires composant la Commission Barroso, le membre italien de celle-ci fut écarté par les députés en raison de ses propos sur l’homosexualité. Cinq ans auparavant, la Commission Santer fut contrainte à la démission, cette dernière étant sous le coup d’une mention de censure en raison de la mise en cause de certains de ses membres dans des scandales financiers et de mœurs.

Qui plus est, il est injuste de penser que l’Union Européenne fait la sourde oreille aux revendications des citoyens que nous sommes ! Pour preuve, la Commission de Bruxelles a finalement acceptée de venir en aide aux pêcheurs en difficulté en raison des prix de l’essence. De plus, l’Europe est quotidiennement présente dans nos vies notamment en ce qui concerne la défense et les droits des consommateurs ou bien encore la libre-circulation.

Parlement européen à Strasbourg (France (pour les séances plénières)) et à Bruxelles (Belgique (pour les séances ordinaires) Pour finir, j’aimerais évoquer la nature même de l’UE : l’ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors aime à dire que l’Europe est un objet politique non identifié. C’est vrai d’autant plus qu’elle semble hésiter entre fédéralisme et simple association d’Etat-nations. Néanmoins, elle avance à petit pas vers la voie fédéraliste, n’en déplaisent à certains. Une monnaie unique, la libre-circulation des personnes, des institutions renforcées et reconnues… L’option fédérale est bel et bien une possibilité depuis quinze ans et le fameux traité de Maastricht. Cela ne veut pas dire qu’elle sera aisément adoptée mais elle montre également qu’elle a des résultats.

Les raisons de rejeter le Traité de Lisbonne sont légitimes d’autant plus que je rejoins Kévin lorsqu’il dénonce le déficit démocratique qui a prévalu au moment de l’élaboration du texte. A titre personnel, je reste un partisan du référendum mais un bon référendum ne servira à rien et produira les mêmes effets si un lourd effort de pédagogie et de transparence n’est pas réalisé. C’est en cela que les europhiles ont péché lors des référendums français, néerlandais et irlandais. La pédagogie et l’explication seront les meilleures armes pour lutter contre les idées reçues et obscures à propos de la construction européenne.

Tout cela pour conclure que l’Europe ne pourra se faire sans les citoyens, actuels mais aussi futurs ! En effet, pour être concrète, l’idée d’Europe doit être perçue dès le plus jeune âge afin que les enfants d’aujourd’hui deviennent des citoyens européens avisés demain ! Des citoyens avisés qui auront le devoir de se montrer exigeants vis-à-vis de la construction européenne et de ses acteurs, si celle-ci souhaite conserver sa légitimité.

par Gilles publié dans : Je vous parle d'Europe
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Samedi 14 juin 2008

Irlandais fêtant la victoire du non irlandais. (www.lemonde.fr) Après le « Non » français et le « Nee » néerlandais au Traité établissant une Constitution pour l’Europe en 2005, voici le « No » irlandais au Traité de Lisbonne, texte qui devait (ou doit plutôt, soyons optimistes !) remplacer le premier.

Pour être franc, je ne suis malheureusement pas surpris du résultat de la consultation référendaire irlandaise. Les eurosceptiques s’y sont donnés à cœur joie pour casser du sucre sur une construction européenne pourtant indispensable. Pourtant, les Villiers, de Winter et autres antieuropéens ne devraient pas pavoiser : en effet, le taux de participation a été extrêmement faible (environ 45%) et qui plus est, les raisons du non irlandais n’ont rien à voir avec ceux des non français et néerlandais. L’euroscepticisme a joué plein gaz dans un pays qui doit beaucoup à l’Europe, notamment sur le plan économique.

Toujours est-il qu’il faut prendre en compte le verdict des Irlandais. A titre personnel, le rejet du traité de Lisbonne est une mauvaise nouvelle pour la construction européenne et pour les autres dirigeants de l’UE à commencer par Nicolas Sarkozy. Celui qui se vantait du retour de la France en Europe avec le mini-traité qu’il avait initié est désormais bien ennuyé avec le non irlandais ! Désormais que va faire celui qui va prendre la présidence tournante de l’Union Européenne dans un peu plus de semaines ? Le rejet irlandais du traité de Lisbonne montre en tout cas que l’influence de la France est loin d’être complètement rétablie au sein de l’UE.

Je ne suis pas surpris par ce résultat pour la simple raison que nous, euro-romantiques, avons péché par rapport à ce traité de Lisbonne. On a en effet pensé qu’il suffisait de s’en tenir à une conférence intergouvernementale classique qui allait revoir la Constitution européenne et qu’une fois transformée en Traité de Lisbonne, ce texte passerait comme une lettre à la poste ! Grave erreur qui illustre avant tout la défiance des citoyens européens vis-à-vis de leurs dirigeants !

Irlandais lisant le "Herald Tribune" du vendredi 13 juin. L’Europe ne peut plus se faire sans les citoyens et c’est la leçon que l’on doit tirer du vote irlandais. Je pense que cela n’a pas été compris par nos dirigeants et les eurosceptiques ont en profité pour exploiter le traité de Lisbonne et le détourner. Si l’Europe doit à nouveau susciter des passions, cela doit se faire par des actions concrètes. Qui plus est, nos dirigeants doivent cesser de faire preuve de schizophrénie quand cela leur arrange : Nicolas Sarkozy (pour ne parler que de lui !) s’était réjoui du traité simplifié, ce qui ne lui a pas empêché de critiquer la Banque Centrale Européenne en critiquant sa politique monétaire, et ce avec des accents démagogiques, à la limite du populisme !

Résultats des courses : on a ce qu’on mérite, faute d’avoir des dirigeants suffisamment européens. Dès lors, certains parmi les euro-romantiques peuvent avoir de la frustration, voire de la colère. A ce titre, je pense à mon ami Vincent, qui n’a pas caché son amère déception en s’en prenant avec vigueur aux Irlandais. Effectivement, mon cher Vincent, on peut être déçu ! Mais cela ne doit pas nous faire oublier un point essentiel : l’Europe ne peut se faire sans les citoyens, cela est désormais un fait que les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 ne pourront pas transiger.

Alors que faire ? Faire revoter les Irlandais ? Elaborer un nouveau traité ? Ou alors pousser les Irlandais à quitter l’Union ? Autant vous le dire tout de suite, la troisième solution est à exclure car on ouvrirait la boite à Pandore et on signerait la fin de l’aventure européenne. Le plus probable serait de faire revoter les Irlandais quitte à négocier des dispositions particulières. On ne peut faire mieux pour l’instant mais cela me semble plausible. D’ailleurs, on avait adopté un tel scénario lors du traité de Nice : en juin 2001, les Irlandais avaient voté non pour finalement oui en octobre 2002 après un effort considérable de pédagogie et d’explication de la part de la classe politique irlandaise.

Toujours est-il que dans l’immédiat, le processus de ratification doit se poursuivre, on fera les comptes après !

par Gilles publié dans : Je vous parle d'Europe
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Mardi 10 juin 2008

C’est après-demain que les Irlandais vont se prononcer, par référendum, pour ou contre le traité de Lisbonne en cours de ratification par les 27 Etats de l’Union.

Il va sans dire que le vote des Irlandais est suivi de près par les dirigeants des autres Etats de l’Union d’autant plus qu’à 48 heures du scrutin, le Oui et le Non sont côte à côte avec un avantage pour le Non. Dès lors, les interrogations demeurent.

En effet, si l’Irlande rejette le Traité de Lisbonne, ce dernier risquerait bien d’avoir du plomb dans l’aile et forceraient nos chers dirigeants à tout revoir. Bien évidemment, et en tant qu’européen convaincu, je ne pourrai me réjouir si jeudi soir, le traité modificatif était rejeté d’autant plus qu’il est un peu fâcheux que 4 millions d’électeurs irlandais décident pour 500 millions d’Européens. Toutefois, si on pousse ce raisonnement jusqu’au bout, il faut alors rappeler que 55 millions d’électeurs français et néerlandais ont décidé pour le reste de l’UE en votant non au référendum sur la Constitution en mai et juin 2005. Dès lors, on a tout simplement décidé de stopper le processus de ratification alors que 18 Etats sur 25 avaient approuvé le nouveau traité de Rome.

Aussi, je ne vois pas vraiment pourquoi on devrait exprimer notre courroux vis-à-vis de l’Irlande. A ce titre, j’en profite pour répondre à mon ami Vincent qui s’insurge de la campagne référendaire irlandaise. D’une part – et je lui en remercie de l’avoir rappelé – le référendum est obligatoire en Eire (l’autre nom de l’Irlande) et de plus, on ne peut reprocher aux Irlandais d’exprimer des doutes sur ce traité qui finalement fait plus qu’alléger la défunte Constitution au point de la dénaturer notamment en supprimant toute référence aux symboles de l’Union.

Comme je le dis assez souvent, l’Europe mérite d’être aimée et suppose qu’on prenne des risques pour elle notamment vis-à-vis de concitoyens qui semblent douter après 50 ans de construction européenne. Nos dirigeants actuels n’expriment pas ce « désir d’Europe », cette envie de vouloir mener la construction européenne à son terme. Les années 1980 et au début des années 1990 furent des périodes magiques pour la construction européenne car nous avions des dirigeants qui croyaient dur comme fer à l’Europe quitte à prendre des risques politiques. Je pense notamment au référendum sur le traité de Maastricht en 1992 en France. Grâce à la mobilisation de François Mitterrand, alors président de la République, les Français se sont prononcés à pour une Europe plus politique même si le oui n’était passé qu’à une courte majorité.

Aujourd’hui, cette absence de prise de risques de la part de nos dirigeants, plus soucieux de sauver leur place au niveau interne, est très préjudiciable pour la construction européenne car nos concitoyens s’y reconnaissent de moins en moins. Qui plus est, nous payons dix ans de politique de dénigrement de la Commission de Bruxelles et de même de schizophrénie vis-à-vis de l’Europe : il n’y a qu’à voir l’attitude de Nicolas Sarkozy à ce sujet !

Alors voilà, allons voir ce que décideront les Irlandais. En cas de vote négatif, il faudra en tirer les leçons mais surtout poursuivre le processus de ratification du traité de Lisbonne. Ne pas le faire, c’est rééditer ce que nous avons en 2005 lors des non français et néerlandais, ce qui a été très préjudiciable par la suite à mon sens pour la dynamique de la construction européenne.


(Crédits photos : blog de Jean Quatremer)

par Gilles publié dans : Je vous parle d'Europe
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