Mercredi 13 septembre 2006

Cet article est particulier car il s'agit d'un témoignage. Mon témoignage sur la façon dont j'ai véçu le 11 septembre 2001. Il n'est pas évident de se remettre dans l'ambiance et de rester fidèle à sa perception initiale. Mais, à l'occasion de ces 5 ans, je voulais témoigner. A l'époque, j'avais 16 ans. je rentrais des cours... Voici la suite.

                                                                                                           Gilles

16 heures. Sortie de cours au lycée. Après un cours d'anglais plutôt sympa, je me dirige chez moi. Il fait plutôt beau, sans plus. J'ouvre la porte. D'habitude, ma grand-mère reste dans sa chambre l'après-midi et la télé est éteinte. Mais là, ce n'est pas le cas. Je regarde l'écran et je vois deux batîments en feu, on insiste sur le terme "Direct".

Je regarde attentivement et je me mets à découvrir. Deux tours, le World Trade Center , New York. Que s'est-il passé? Je n'en sais rien justement et c'est ça qui me fait peur car je ne sais rien de ce qui se passe. Après quelques minutes, Patrick Poivre d'Arvor rompt ce "silence" : deux avions de ligne se sont encastrés sur les Twin Towers à New York. Il s'agit vraisemblablement d'un attentat.

En zappant, je me rendu compte de l'importance et de la gravité de l'évènement. Etant croyant, on m'a souvent évoqué l'Apocalyse dans la Bible et j'avais l'impression de la vivre en direct. Bien évidemment, je ne pensais pas que la fin des temps était arrivée mais que là, les évènements étaient d'une telle importance et d'une telle gravité.

Comme c'était en direct, on ne pouvait pas savoir ce qui allait se passer. En regardant les tours s'enflammer, on se rend compte à quel point tout le monde est impuissant, du petit Français qui est assis devant son poste au Président des Etats-Unis qui ne peut rien faire. Cette image en plus me fait peur, on ne sent pas à l'aise.

Quelques dizaines de minutes après. On relate, on relate. PPDA interrompt brusquement le spécialiste. La Tour sud vient de s'effondrer. Inutile de vous dire ma stupéfaction. J'étais surpris et j'avais peur en même temps car à partir de là, tout pouvait se passer. Jamais on avait vu les Etats-Unis se faire surprendre et frapper de la sorte. C'était tout seulement impensable. Tout avait l'air d'être minutieusement préparé : l'évènement, son relayage par la télé, le suspense. Les terroristes voulaient mettre les Etats-Unis à genoux, cela fut le cas.

Un peu plus tard dans la soirée, les spécialistes avançaient une première hypothèse qui fut confirmée quelques jours plus tard. C'était le groupe Al-Qaieda, mené par Oussama Ben Laden, qui était à l'origine de ce "mardi noir". C'était la première fois que j'entendais parler de lui. Il avait, par son acte, réuni tant de personnes à travers le monde. A la télé, les scènes de consternation se succédaient mais j'ai été frappé de la réaction de la rue dans les Territoires occupés où des enfants dansaient de joie. Avec du recul, je pense qu'ils ne mesuraient pas alors l'importance de ce 11 septembre.

Le lendemain, ainsi que les jours suivants, le 11 septembre a alimenté les sujets de conversations ainsi que les spéculations. D'ailleurs mon cours d'anglais avait un goût bien particulier. Ma professeur, étant d'origine américaine, eut le souffle coupé et la mine grave. Elle a parlé puis a terminé en disant : "j'ai bien peur que nous allions droit vers un troisième conflit mondial".

 Cinq ans après, la vie semble avoir repris son cours. On a souvent dit à propos de l'après-11 septembre que plus rien ne sera comme avant. C'est à la fois vrai et faux. Vrai car le 11 septembre 2001 a marqué une coupure et nous a plongés dans une cruelle réalité. Faux car le 11 septembre m'a démontré à quel point la liberté est un bien précieux et qu'il faut en jouir à chaque instant. Je n'ai pas changé mon mode de vie et je pars l'esprit libre. C'est sans doute cela ma réponse à ceux qui veulent installer la terreur.

par Gilles publié dans : Dossier spécial "11 septembre"
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Mardi 12 septembre 2006

2001 - 2006 : cinq ans après le 11 sepembre, le monde s'est replongé lundi dernier dans l'horreur que furent les attentats de New York et de Washington. Mais l'heure est aujourd'hui aux bilans. Il ne s'agit pas de faire des procès d'intentions à qui que ce soit mais de faire un constat parfois sévère de la situation. C'est tout l'objet de ce "dossier spécial" que je vous propose. Je ne pouvais bien évidemment passer à côté de cet évènement, mais j'ai volontairement laissé passé tout le côté commémoratif et émotionnel pour avoir un certain recul. Voici donc les articles!

                                                                                                                                  Gilles

3 000 morts, 2 guerres et toujours pas de Ben Laden. Le 12 septembre 2001, le président des Etats-Unis, George Walker Bush, déclarait solannellement : "L'Amérique est en guerre. Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous". Il a par la suite déclaré que la lutte contre le terrorisme durerait des années tout en insistant sur une fibre patriotique exacerbée. On nous a alors dit que le régime de Saddam Hussein (Irak) n'était pas étranger aux violentes attaques de ce mardi 11 septembre 2001 et qu'il était du devoir des Etats-Unis de lutter contre ceux qui inspiraient la terreur et les régimes qui les protègent.

5 ans ont passé et force est de constater que les Etats-Unis ont raté une belle occasion. Non pas de prendre la tête des nations mais celle d'afficher ce qui était jusqu'en 2001 sa raison d'être : un pays libre. Aujourd'hui, les Etats-Unis vivent dans la peur. C'est du moins une impression délibérément véhiculée. Comme on dit en anglais, "life must go on" (la vie doit suivre son cours). On a souvent martelé que rien ne sera plus comme avant, que les Etats-Unis ne seront en paix que lorsque le terrorisme ne sera qu'un mauvais souvenir.

Mais la lutte contre le terrorisme ne se résume en une vision manichéenne du monde ("La lutte du bien contre le Mal") et en une juxtaposition de préjugés. Où est l'Amérique tolérante, fière de ses valeurs de 1776, celle qui - par l'oeuvre de Franklin, Washington et Jefferson - se veut exemplaire? Cette Amérique-là me semble être un lointain souvenir. C'est pourtant cette Amérique qui doit se montrer à travers le monde non pas celle qui ne soucie que peu de ses partenaires, celle qui ne respecte plus les conventions de Genève et des principes évidents comme celui de la souveraineté et de l'intégrité d'un Etat. La force des Etats-Unis fut justement de montrer une image alternative en se présentant comme le garant d'un monde libre durant la Guerre froide. Force est de constater qu'aujourd'hui, les Etats-Unis ont oublié ce qui constitue un fondement de leur existance.

Face à ceux qui se montrent radicaux, les Etats-Unis auraient du se montrer isolents dans leur volonté de liberté. Celle-ci a reculé d'une manière inégalée et cela est incomparable (même du temps de la fameuse "Chasse aux sorcières" (1947 - 1954), les Etats-Unis se sont souciés de ne pas tomber dans l'arbitaire en garantissant un procès équitable à ceux qui étaient suspectés de liens avec les communistes). Ce n'est pas par le Patriot Act que l'Amérique de Walker Bush retrouvera la sérénité. 5 ans après, elle a en quelque sorte perdu.

Cela veut-il dire pour autant que le terrorisme de Ben Laden est triomphant? Non, car bizarrement les attentats de septembre 2001 semblent avoir marqué un coup d'arrêt au fanatisme d'Al-Qaeida. Tout au long de ces cinq dernières années, il n'a été que verbal et même si des attaques ont eu lieu en 2004 à Madrid et en 2005 à Londres, rien n'est comparable au 11 septembre. L'existence d'Al-Qaeida sur la scène mondiale est signe de défi pour l'islam et les pays arabes et de confession musulmane tant que le discours de Ben Laden appelant au Djihad interpellent des jeunes en manque de repère. Les pays occidentaux doivent également se sentir concernés par cet état de fait. La meilleure arme contre le terrorisme est la tolérance.

Le 11 septembre 2001 fut un évènement majeur sous forme de défi. Au mois de mars dernier, lorsque je passais le concours d'entrée en seconde année à Sciences Po Aix-en-Provence, le sujet de Culture Générale fut le suivant : commentez la citation du philosophe russse chrétien Dostoveski : "la démocratie est indifférente au Bien et au Mal". Moi, je dirais après coup ceci : la démocratie n'incarne ni le Bien, ni le Mal. Pour exister, elle doit être équilibré entre ces deux extrêmes car à force de rechercher le Bien et combattre sans retenue le Mal, on ne fait que produire du Mal.

 Une des deux tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001

 

par Gilles publié dans : Dossier spécial "11 septembre"
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