En navigant sur le blog de MDSC - que je vous conseille d'ailleurs tant qu'il est assez drôle, bien argumentée et sans faute d'orthographes ;-) http://mdsc.over-blog.org - je suis tombé sur un article fort intéressant. C'est en réalité un appel lancé il y a de
cela trois ans par les vétérans du Conseil National de la Résistance à l'occasion des soixante ans du Programme du CNR - conçu le 15 mars 1944 en pleine clandestinité - l'objectif de cet
appel étant de maintenir les idéaux ainsi que les valeurs humanistes de la Résistance.
Curieusement, cet appel n'a pas été relayé par les médias - allez, savoir pourquoi ! D'ailleurs, ce n'est qu'aujourd'hui que pour ma part, j'ai pris connaissance de cet appel. Toutefois, il me
semble également nécessaire - comme l'a fait le blog MDSC - de vous le publier tant que l'esprit de la Résistance est bien différent des valeurs que défend Nicolas Sarkozy lorsqu'il parle de la
Résistance, des Résistants et du Général de Gaulle. En effet, le président de la République n'a gardé que l'aspect "pratique" de la Résistance à savoir un esprit uniquement patriotique - voire
nationaliste sur certains bords - alors que cela va plus loin que cela.
Dès lors, voici l'appel des vétérans de la Résistance - qui, je tiens à le souligner, regroupe des résistants aussi bien de gauche que gaullistes - que vous pouvez également retrouver sur le site
en format PDF : http://www.alternatives-images.net/cnr/appeltxt.pdf
Bonne lecture !
Gilles
Appel à la commémoration du 60e anniversaire du Programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944
Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945),
appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l'héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.
Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n'a
pas totalement disparu et notre colère contre l'injustice est toujours intacte. Nous appelons, en conscience, à célébrer l'actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou
instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succèderont d'accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme,
pour que la flamme de la Résistance ne s'éteigne jamais :
• Nous appelons d'abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble
l'anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités
économiques », droit à la culture et à l'éducation pour tous, presse délivrée de l'argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd'hui de
l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'Europe était ruinée ? Les
responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationale des marchés
financiers qui menace la paix et la démocratie.
• Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité
aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le
fascisme se nourrit toujours du racisme, de l'intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.
• Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques à une véritable insurrection pacifique contre
les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la
compétition à outrance de tous contre tous. Nous n'acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la
Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.
Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : « Créer, c'est résister. Résister, c'est créer.
»
Signataires : Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin,Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise
London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-PierreVernant, Maurice Voutey.
Commentaires